‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 212 sur 357 · ACTE i, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE i, SCÈNE I

volontiers que son meilleur ami; et son oncle Verjus ne vaut pas mieux que lui.

LADY DAUBEXCOUR.

Allons, il faut lui passer quelque chose. — Sir Benjamin est bel esprit et poète.

MARIA

J’avoue, pour ma part, madame, que l'esprit perd tout son prix à mes yeux, quand la méchanceté l’accompagne. — Qu'en pensez-vous, monsieur Surface?

JOSEPH SURFACE

Certainement, mademoiselle; sourire d’une plaisanterie qui enfonce un poignard dans le cœuç d’autrui, c’est se rendre coupable au premier chef du mal ainsi produit.

LADY DAUBEN’COUR.

Bah ! il n’y a pas moyen d’être spirituel sans un peu de méchanceté : la malice est au bon mot ce qu’est la barbe à l'hameçon ; elle le fait mordre. — Qu’en pensez-vous, monsieur Surface ?

JOSEPH SURFACE

Assurément, madame; une conversation où l’on n’admet point l’esprit de raillerie paraîtra toujours ennuyeuse et insipide.

MARIA

Je ne discuterai pas jusqu’à quel point la médisance est permise; mais ce qu'il y a de certain, c’est que dans un homme elle doit toujours provoquer le mépris. Nous avons l’orgueil, l’envie, la rivalité, et mille petits motifs de nous déprécier mutuellement; mais un homme capable de calomnier une femme doit avoir lui-même la couardise d’une femme.

Entre UN DOMESTIQUE.

LE DOMESTIQUE

Madame, mistriss Candeur est en bas, et si mylady peut la recevoir, elle descendra de carrosse.

LADY DAUBEXCOUR.

Priez-la d’entrer.

Le domestique sort.

lady daubexcour, continuant.

Enfin, Maria, voilà un caractère de votre goût; car bien que mistriss Candeur soit un peu bavarde, on s’accorde à dire que c’est le meilleur naturel et la meilleure femme du monde.

MARIA

Oui, sa grossière affectation de bonté et de bienveillance fait plus de mal que la méchanceté directe du vieux Verjus.

JOSEPH SURFACE

Effectivement, c’est vrai, lady Daubcncour. Quand j’entends s’élever un orage contre la réputation de mes amis, je ne la crois jamais plus en péril qu’alors que mistriss Candeur prend en main leur défense.

LADY DAUBENCOUR.

Chut! la voici.

Entre MISTRISS CANDEUR.

MISTRISS CANDEUR

Ma chère lady Daubencour, comment vous êtes-vous portée depuis un siècle que je ne vous ai vue? — Monsieur Surface, quelles nouvelles avez-vous apprises?— Quoique après tout cela ne m’importe guère; caron n'entend partout que médisances.

JOSEPU SURFACE.

C’est bien vrai, madame.

MISTRISS CANDEUR

O Maria, mon enfant! — tout est-il rompu entre vous et Charles? — ses prodigalités, je présume, — en ville, c’est le su jet de toutes les conversations.

MARIA

Je suis fâchée, madame, que la ville ne 6ache pas mieux employer son temps.

MISTRISS CANDEUR

C’est vrai, mon enfant, c’est vrai ; mais il n’y a pas moyen d'empêcher les gens de parler; j’ai été, je l’avoue, affligée de l’entendre, comme aussi je l'ai été d’apprendre de la même source que votre tuteur, sir Pétrus, et lady Aigremont, ne se sont pas , depuis peu , accordés aussi bien- qu’on eût pu le désirer.

MARIA

C'est une grande impertinence aux gens de se mêler ainsi des affaires d’autrui.

MISTRISS CANDEUR

C’est vrai, mon enfant! — Mais qu'y faire? — il n’y a pas moyen de l’empêcher. Par exemple, pas plus tard qu hier, j ai appris que mistriss Courtleschamps a pris la fuite avec lord Clinquant Papillon. — O mon Dieu! il ne faut pas faire attention à ce qu’otv entend; quoique, à vrai dire, je tienne cette nouvelle de bonne source.

MARIA

Tous ces on dit sont on ne peut plus scandaleux.

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