‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 213 sur 357 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

MISTtUSS CANDEUR.

Sans aucun doute, mon enfant, — c’est honteux, honteux !

Mais quoi t le monde est si enclin à la satire 1 pas une réputation n’en réchappe. — Qui jamais, par exemple, aurait pu croire votre amie, miss Prude, capable d’une indiscrétion? Eh bien! on a la méchanceté de dire que la semaine dernière son oncle l’a arrêtée au moment où elle montait dans la malle-poste d'York avec sou maître de danse.

MARIA

Ce bruit-là, j’en réponds, n’a aucun fondement.

MISTRISS CANDEUR

Pas le moindre, j'en suis sûre; pas plus probablement que le bruit qui a couru le mois dernier relativement à l'affaire de mtstriss Festino avec le colonel Cassino ; — quoique, assurément, cette affaire n’ait jamais été bien éclaircie.

JOSEPH SURFACE

La licence d’invention que s’arrogent certaines gens est véritablement monstrueuse.

MARIA

C’est vrai ; mais, à mon sens, ceux qui répètent de tels bruits ne sont pas moins coupables.

MISTRISS CANDEUR

Sans aucun doute ; les colporteurs de propos mensongers ne valent pas mieux que ceux qui les inventent, — c'est un vieil adage, et qui esttrès-vrai. Mais, comme je ledisais tout-à-l’heure, qu’y faire? Pouvez-vous empêcher les gens de parler? Aujourd'hui mistriss Ducaquet m’a assurée que monsieur et mislriss Lunedemiel étaient enfin devenus mari et femme, comme le reste de leurs connaissances. Elle m'a aussi donné à entendre qu’une certaine veuve, qui demeure dans la rue à côté, est dé- « livrée de son hydropisie et a recouvré sa taille de la manière la plus surprenante. En même temps, miss Babil, qui était là, nous a affirmé que lord Bulle avait surpris sa femme dans une maison assez mal famée ; et que sir Henri Bouquet et Tom de Laflânerie devaient mesurer leurs épées par suite d'une provocation de la même nature. — Mais, mon Dieu, croyez-vous que je sois femme à répéter ces propos? — Non, non ; comme je le disais tout-àl’heure, ceux qui les colportent ne valent pas mieux que ceux qui les inventent.

JOSEPH SURFACE

Ah ! mistriss Candeur, que tout le monde n'a-t-il votre indulgence et votre bon naturel!

MISTR1SS CANDEUR.

Je vous avoue, monsieur Surface, que je ne puis souffrir d’entendre mal parler des absens ; et quand il s'élève des présomptions fâcheuses contre des gens de ma connaissance , je me plais toujours a donner aux choses l’interprétation la plus favorable. {Lady üaubcncour et Maria s'éloignent à quelques pas.) — A propos, j’espère qu'il n’est pas vrai que votre frère soit complètement ruiné?

JOSEPH SURFACE

Je crains bien, madame, que sa position ne soit effectivement fort critique.

M1STR1SS CANDEUR

Ab! c’est ce que j’ai entendu dire; — mais diles-lui de ne pas se chagriner; presque tout le monde en est là.— Lord Fluet, sir Thomas Cassé, et monsieur Aigrefin, ont tous dégringolé cette semaine, a ceque j'ai entendu dire ; de sorte que si Charles est ruiné, il verra la moitié de ses connaissances dans la même passe; et cela, vous le savez, est une consolation.

JOSEPH SURFACE

Sans aucun doute, madame, — c’en est une très-grande.

Entre UN DOMESTIQUE.

LE DOMESTIQUE

Monsieur Verjus, et sir Benjamin Mordcntraitre.

Le domestique sorl.

LADY DAUaENCOUR.

Vous voyez. Maria, que votre adorateur vous poursuit; il est impossible que vous lui échappiez.

Entrent VEKJUS et SIR BENJAMIN MORDENTRAITRE

VERJUS

Lady Daubencour, je vous baise les mains. — Mistriss Candeur, je ne pense pas que vous connaissiez mon neveu, sir Benjamin Mordentraltre ! Parbleu, madame, c’est un garçon d’esprit, et, qui plus est, un poète. N’est-ce pas, lady Daubencour?

stn BENJAMIN.

De grâce, mon oncle.

VERJUS

Pardieu, rien de plus vrai. En fait de rébus et de charades, je parierais pour lui contre le plus habile rimeur du royaume. — (A lady Daubencour.) Mylady connaît-elle l'épigramme qu’il a composée la semaine dernière, à propos des plumes de lady

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