‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 214 sur 357 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Frisure, qui avaient pris feu? — Benjamin, récitez-nous cela, ou bien la charade que vous avez improvisée au cercle de mistriss Jendors. Voyons; — mon premier est le nom d'uu poisson, mon second, est celui d’un amiral célèbre, et —

SIR BENJAMIN

Mon oncle, — de grâce.

VERJUS

En vérité, madame, vous seriez étonnée de voir combien il est expert dans ces choses-là.

Je m’étonne, sir Benjamin, que vous ne publiiez jamais rien.

SIR BENJAMIN'

A dire vrai, madame, rien de plus vulgaire que de faire imprimer. Comme mes petites productions se composent principalement de satires et d’épigrammes sur telle ou telle personne, je leur assure une circulation beaucoup plus étendue, en en donnant confidentiellement des copies aux amis des parties intéressées. — (A Maria.) Au reste, j’ai quelques élégies amoureuses, qui n’attendent qu’un sourire d’approbation de mademoiselle pour être offertes au public.

VERJUS

Par le ciel, mademoiselle, elles vous immortaliseront ; — vous irez à la postérité comme la Laure de Pétrarque, ou la Sacharissa de Waller.

SIR BENJAMIN

Oui, mademoiselle, je pense qu’elles vous plairont alors que vous les verrez figurer dans un magnifique in-quarto où le texte serpentera entre deux vastes marges, comme un petit ruisseau dans une large prairie. — Vive Dieu 1 on n’aura jamais rien vu dans ce genre de plus élégant.

VERJUS

C’est très-vrai, mesdames. — (A miss Candeur.) Savez-vous la nouvelle?

MISTRISS CANDEUR

Quelle nouvelle, monsieur ? vous voulez parler sans doute du bruit qui court au sujet de —

VERJUS

Non, madame, ce n’est pas de cela. — Miss Prude est sur le point d’épouser son laquais.

MISTRISS CANDEUR

Impossible 1

VERJUS

Demandez plutôt à sir Benjamin.

SIR BENJAMIN

C’est vrai, madame ; tous les préparatifs sont faits, et la livrée de noce est déjà commandée.

VEHJUS.

Oui ; et on prétend qu’il y avait pour cela des raisons pressantes.

LADV DAUBENCOUH.

J’en avais déjà entendu quelque chose.

MISTRISS CANDEUR

C’est impossible, — et je m’étonne qu'on puisse ajouter foi à un tel conte à propos d’une personne aussi prudente que miss Prude.

SIR BENJAMIN

Oh ! mon Dieu, madame, c’est justement pour cela qu’on y a cru sur-le-champ. Elle avait toujours montré tant de circonspection et de réserve, que tout le monde s’est dit qu’elle avait pour tenir cette conduite prudente des raisons particulières.

MISTRISS CANDEUR

Ce qu'il y a de certain, c’est qu’un propos médisant est aussi fatal aux personnes prudentes de sa sorte, que l’est généralement une fièvre aux constitutions les plus solides. Mais il est des réputations maladives qui sont toujours souffrantes, et qui cependant survivent à la robuste renommée de cert prudes.

SIR BENJAMIN

C'est vrai, madame, — il est des valétudinaires de réputation, aussi bien que de constitution , qui, connaissant leur côté faible, évitent jusqu'au moindre souffle d’air, et suppléent à force de soins et de précautions à la santé qui leur manque.

MISTRISS CANDEUR

Oui, mais ce bruit peut n’avoir pas le moindre fondement : vous savez, sir Benjamin, qu’il suffit souvent de circonstances bien légères pour donner lieu aux propos les plus injurieux?

VERJUS

C’est vrai, madame, sur ma parole. — Yous a-t-on conté comment l’été dernier, à Cambridge, miss Flûtée a perdu à la fois son amant et sa réputation? — Vous vous le rappelez, sir Benjamin ?

SIR BENJAMIN

Oh! certainement, c’est bien la circonstance la plus bizarre.

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