‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 224 sur 357 · ACTE II , SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II , SCENE II

LADY DAUBENCOUR.

C’est assurément une fort jolie femme.

VERJUS

Je suis charmé que ce soit là votre sentiment, madame.

MISTIUSS CANDEUR.

Elle a un teint d'une fraîcheur charmante.

LADY AIGREMOXT.

Oui, quand il est fraîchement posé.

MISTRISS CANDEUR

Fi donc ! je soutiens que ses couleurs sont naturelles ; je les ai vues s’en aller et revenir.

LADY AIGREMONT

Je n'en doute pas, madame : elles s’en vont le soir et reviennent le matin. „

mistriss candeur, riant.

Ha ! ha ! ha ! je ne puis soufTrir de vous entendre parler ainsi ; mais assurément vous conviendrez que sa sœur est ou était fort belle.

VERJUS

Qui? mistriss Vertpré? O mon Dieu ! elle a pour le moins cin quanle-six ans.

MISTRISS CANDEUR

En vérité, vous êtes injuste envers elle ; elle a tout au plus cinquante-deux ou cinquante-trois ans, — et certes, elle n’a pas l’air d’en avoir davantage.

SIR BENJAMIN

Ah! pour pouvoir la juger par son air, il faudrait que du moins on pût voir son visage.

LADY DAUBENCOUR.

Allons, allons, si mistriss Vertpré s’applique A réparer du temps l’irréparable outrage, il faut avouer qu’elle s’y prend avec beaucoup d’adresse ; et certes , cela est préférable à la négligence avec laquelle la veuve Vermillon badigeonne ses rides.

SIR BENJAMIN

Il me semble, lady Daubencour, que vous êtes bien sévère pour cette pauvre veuve. Ce n’est pas qu’elle se farde mal, — mais quand elle a terminé son visage, elle l’adapte au cou si maladroitement, qu’elle ressemble à une statue restaurée, où le connaisseur s’aperçoit sur-le-champ que la tête est moderne, tandis que le tronc est antique.

verjus, revenant.

lia! ha! ha! parfaitement dit, mon neveu.

Les domestiques servent le café, puis se retirent à quelque distance.

mistriss candeur, riant.

Ha! ha! ha! allons, vous me faites rire; mais, en vérité, je vous en veux pour cela. Que pensez-vous de miss Niaisot?

SIR BENJAMIN

Je pense qu’elle a de fort belles dents.

LADY AIGREMONT

C’est vrai; aussi, quand elle ne parle ni ne rit, — ce qui est très-rare, — elle ne ferme jamais entièrement la bouche, mais a grand soin de la laisser entr’ouverte comme cela.

Elle montre ta dents.

MISTRISS CANDEUR

Comment pouvez-vous être aussi méchante?

LADY AIGREMONT

Toutefois, j’avoue que cela est encore préférable aux peines que se donne mistriss Minaudière pour cacher les dents qui lui manquent par devant. Elle contourne sa bouche de manière à la faire ressembler à l’ouverture d’une tirelire , et toutes ses paroles ont l’air, pour ainsi dire, de sortir de côté et par le flanc, — comme cela, — Comment vous portez-vous , madame? Oui, madame.

Elle prononce en minaudant.

LADY DAEBENCOUR.

Fort bien, lady Aigremont; je vois que vous savez appliquer la férule.

LADY AIGREMONT

Pour défendre une amie, la chose est permise. Mais voici sir Pétrus qui vient gâter tout l’agrément de nos plaisanteries.

Entre SIR PÉTRUS AIGREMONT.

SIR PÉTRUS

Mesdames, votre très-humble — [A part.) Miséricorde! voici la bande tout entière. Sans doute qu’à chaque mot prononcé une réputation reste sur le carreau.

MISTRISS CANDEUR

Je suis charmée que vous soyez venu, sir Pétrus. Leur critique est si impitoyable qu’ils n’accordent de bonnes qualités à personne.

LADY AIGREMONT

Cela doit bien vous chagriner, mistriss Candeur.

MISTRISS CANDEUR

Pas même de l'indulgence pour notre amie mistriss Poussive.

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