‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 225 sur 357 · ACTE II. SCÈNE H. v · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE H. v

LADY AIOREMONT.

Qui? la grosse douairière qui était hier soir chez mistriss Quadrille ?

MISTRISS CANDEUR

Sa corpulence est un malheur pour elle : mais elle se donne tant de peine pour s’en débarrasser, qu’en vérité vous devriez bien lui épargner vos sarcasmes.

LADY DAUBENCOUR.

C’est vrai.

LADY AICREMONT.

Oui, je sais qu'elle se nourrit presque entièrement d’acides et de petit-lait; elle se lace à l’aide de poulies, et souvent, par les journées d’été les plus chaudes, vous la rencontrez montée sur un poney trapu, les cheveux nattés par derrière comme ceui d'un tambour, et toute essoufflée, parcourir au grand trot la promenade du Park.

MISTRISS CANDEUR

Je vous remercie, lady Aigremont, de vouloirbien la défendre. sir i’Étrus, à part.

Jolie défense, en vérité!

MISTRISS CANDEUR

Il faut avouer que lady Aigremont a une critique aussi implacable que miss Blafarde elle-même.

VERJUS

Il lui sied bien à cette miss de critiquer les autres, elle qui n'est qu'une sotte, sans racheter ce défaut par une seule qualité.

MISTRISS CANDEUR

De grâce, ne la jugez pas aussi sévèrement ; miss Blafarde est ma proche parente par alliance; et pour ce qui est de sa personne, elle a droit à quelque indulgence; car, perinctlez-moi de vous le dire, ce n’est pas chose facile pour une femme que de se faire passer pour une jeune fille à trente-six ans.

LADY DAUBENCOUR.

Toutefois, on ne peut nier qu’elle 11e soit belle encore, — et pour ce qui est de la faiblesse de sa vue, si l’on considère combien elle lit à la lumière, il n’y a rien la qui doive étonner.

MISTRISS CANDEUR

C’est vrai, et quant à scs manières, on doit convenir qu’elles sont extrêmement gracieuses, si l’on réfléchit qu’elle n’a pas eu la moindre éducation; car vous savez que sa mère était une marchande de modes du pays de Galles, et son père un raffineur de Bristol.

SIR BENJAMIN

Ahl vous êtes toutes deux d’une excessive indulgence.

sir pétrus, à part.

Elle est jolie, leur indulgence ! et à l’égard d’une parente, encore! Merci de moi!

MISTR1SS CANDEUR.

' Pour moi, je ne puis souffrir d’entendre dire du mal de mes amis.

SIR PÉTRUS

Vraiment!

Oh! vous êtes d’une moralité, mistriss Candeur! C’est comme lady Stuc ; je resterais des heures entières à l’entendre parler morale et sentiment.

LADY AIGREMONT

J’avoue que lady Stuc ligure on ne peut mieux au dessert. Ses homélies ressemblent aux bonbons; c’est de la sagesse en papillottes.

MISTRISS CANDEUR

Oh 1 par exemple, je ne suis pas femme à me joindre aux autres pour ridiculiser une amie ; c’est ce que je ne cesse de dire à ma cousine Dcsocillades, et vous savez tous la prétention qu’elle met à critiquer sans cesse en matière de beauté.

VERJUS

Oh! certainement! Elle a elle-même le visage le plus bizarre qu’on ait jamais vu ; c’est un salmis formé des traits divers de toutes les contrées du globe.

SIR BENJAMIN

C’est ma foi vrai ; — elle a le front irlandais, —

VERJUS

Les cheveux écossais, —

SIR BENJAMIN

Le nez flamand, —

VERJUS

Les lèvres autrichiennes,—

SIR BENJAMIN

Le teint esnagnol, —

Et les dents à la chinoise.

SIR BENJAMIN

En un mot, sa figure ressemble à ces tables d’hôte de Spa, — où l’on ne trouverait pas deux convives de la même nation.

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