ACTE II, SCÈNE II
VERJUS
Ou à un congrès à la fin d’une guerre générale. C’est une réunion dont tous les membres, y compris même ses yeux, paraissent avoir un intérêt différent; son nex et son menton sont les seuls qui présentent quelque espoir de rapprochement. mistriss candeur, riant.
Ha! ha! ha!
sir pétrus, à part.
Merci de ma vie 1 — une personne avec laquelle ils dînent deux fois par semaine!
HISTRISS CANDEUR.
Non, je ne souffrirai pas que vous mettiez les rieurs de votre côté; — car permettez-moi de vous dire que mistriss Desœillades —
SIR PÉTRUS
Madame, madame, je vous en demande pardon, mais il n’y a pas moyen d’arrêter les langues de ces messieurs. Du reste, quand vous saurez, mistriss Candeur, que la dame qu’ils ridiculisent est une de mes amies particulières, j’espère que vous ne prendrez pas son parti.
lady daubencour , riant aux éclats.
Ha! ha! ha! Bien dit, sir Pétrus; mais vous êtes un cruel personnage, trop flegmatique pour vous permettre une plaisanterie, et trop morose pour pardonner l’esprit aux autres.
SIR PÉTRUS
Ah! madame, le véritable esprit s'allie à l’indulgence plus étroitement que mylady ne le croit.
LADY AIGREHONT.
C’est vrai, sir Pétrus; je pense qu’ils sont proches parens, au point de ne pouvoir jamais se marier.
SIR BENJAMIN
Ou plutôt, on peut les supposer mari et femme, tant il est rare de les voir ensemble.
LADY AIGREMONT
Mais sir Pétrus est tellement ennemi de la médisance, qu’il voudrait, je crois, la voir abolir par acte du parlement.
SIR PÉTRUS
Par le ciel, madame, si l’on attachait autant d’importance à réprimer la chasse aux réputations que le braconnage, et si l’on promulguait une loi pour la conservation de l’honneur des gens aussi bien que du gibier, bien des gens, à mon avis, en seraient reconoaissans.
LADY DAUBEXCOUR.
O mon Dieu ! sir Pétrus, voudriez-vous donc nous retirer nos privilèges ?
SIR PÉTRUS
Oui, madame; et alors l’assassinat des renommées et la ruine des réputations ne seront plus permises qu’aux vieilles filles dûment reconnues pour telles, et aux veuves désappointées.
LADY DAUBEXCOUR.
Quelle horreur!
MISTRISS CAM1EUR
Vous ne seriez pas sans doute aussi rigoureux à l’égard de ceux qui ne font que redire ce qu’ils entendent?
SIR PÉTRUS
Si fait, madame; je leur ferais appliquer, à eux aussi, la jurisprudence commerciale; et toutes les fois qu’une calomnie serait mise dans la circulation en l'absence du tireur, la partie lésée aurait son recours légal contre les endosseurs.
Un domestique t'approche de sir Pétrus et lui parle à voix basse. VERJUS.
Pour moi, je pense qu'il n’y a pas de bruit scandaleux qui n'ait quelque fondement.
LADY DAUBEXCOUR.
Eh bien, mesdames, voulez-vous que nous allions prendre place aux tables de jeu, dans la pièce voisine?
sir pétrus, au domestique.
Je vais me rendre auprès d’eux tout-à-l'heure. — { A part.) Je tâcherai de m’esquiver sans qu’on s’en aperçoive.
LADY DAUBEXCOUR.
Sir Pétrus, j’espère que vous n’allez pas nous quitter?
Mylady voudra bien m’excuser; une affaire pressée m’oblige à sortir. Mais je vous laisse ma réputation.
Sir Pétrus tort.
SIR BENJAMIN
Certes, lady AigTemont, votre mari est un être bien étrange : je pourrais vous conter de lui des choses qui vous feraient rire de bien bon cœur, s’il n’était pas votre mari.
LADY AIGREMOXT.
Oh! qu’à cela ne tienne, je vous prie! — Contcz-nous cela ; — je serai bien aise de l'entendre.
Elle passe avec le reste de la société dans la pièce voisine. Surface et Maria s'avancent.