‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 227 sur 357 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

JOSF.m SURFACE.

Maria, je vois que cette société ne vous plaît pas.

MARIA

Comment me plairait-elle? Insulter avec une méchanceté railleuse aux faiblesses ou aux malheurs de gens qui ne nous ont jamais fait de mal; si c’est là le rôle réservé à l’esprit ou à l’enjouement, Dieu veuille me gratifier d’une double dose de stupidité !

JOSEPH SURFACE

Ces gens-là paraissent plus méchans qu’ils ne sont ; — ils n’ont pas dans le cœur la moindre malice.

MARIA

Leur conduite n’en est que plus méprisable; car, à mon sens, l'intempérance de leur langage ne pourrait s’excuser que par une irrésistible àcreté de caractère.

JOSEPH SURFACE

Maria, vous, si sensible aux souffrances des autres, comment pouvez-vous être si cruelle pour moi?— Refuserez-vous tout espoir à la passion la plus tendre?

MARIA

Voulez-vous donc m’affliger encore, en revenant sur ce sujet?

JOSEPH SURFACE

Ah l Maria, vous ne me traiteriez pas ainsi, vous ne résisteriez pas aux volontés de sir Pélrus, votre tuteur, si, comme je le vois, ce mauvais sujet de Charles n’était pas encore le rival que vous me préférez. \

MARIA

C’est là un reproche peu généreux! Mais quels que soient mes sentimens pour ce malheureux jeune homme, je ne crois pas, soyez-en bien convaincu, que ce soit pour moi un devoir plus rigoureux de l’abandonner, parce que scs malheurs lui ont aliéné jusqu’à l’afTection d’un frère.

Elle se dispose à sortir.

JOSEPH SURFACE

De grâce , Maria, ne me laissez pas pour adieu un regard sévère. — (/I se jette à ses genoux.) Je vous jure par tout ce qu’il y a au monde de sacré —

Entre, sans être vue de Maria , LADY AIGREMONT.

Joseph surface, continuant, à part, en apercevant lady Aigremont.

Diantre l voilà lady Aigremont! — [Haut.) Non, vous ne devez pas, — vous ne voudrez pas;— j’ai la plus grande considération pour lady Aigremont —

MARIA

Lady Aigremont!

JOSEPH SURFACE

Mais si jamais sir Pétrus venait à soupçonner — lady aigremont, s’avançant.

Qu’est cela, je vous prie? — (A part.) Est-ce que par hasard il la prendrait pour moi t — [Haut, à Maria.) Mon enfant, on vous demande dans la pièce voisine.

Maril ton.

lady aigremont, continuant.

Que veut dire tout ceci, je vous prie?

JOSEPH SURFACB.

Oh! il ne pouvait rien nous arriver de plus malheureux au monde! Maria se doute de la tendre sollicitude que j'ai pour votre bonheur; elle me menaçait de faire part de ses soupçons à sir Pétrus, et je m’efforçais de lui faire entendre raison quand vous êtes venue.

LADY AIGREMONT

Vraiment! mais, sur ma parole, vous avez une manière déraisonner singulièrement tendre. — Vous arrive-t-il souvent d’argumenter à genoux?

JOSEPH SURFACE

Oh! c’est une enfant, et je pensais qu'un peu d’action théâtrale — Mais, lady Aigremont, quand voulez-vous me donner votre avis sur ma bibliothèque, ainsi que vous me l’avez promis?

LADY AIGREMONT

Non, non ; je commence à croire qu’il y aurait là de l’imprudence, et vous savez qu'en vous permettant d’étre mon adorateur, je ne veux pas que vous alliez plus loin que la mode ne l’exige.

JOSErn SURFACE.

Oui, je dois me résoudre à n’étre qu’un amant platonique, un sigisbé, tel qu’en peut avoir toute femme de Londres.

LADY AIGREMONT

Assurément, il faut se conformer à la mode; cependant je n’ai pas encore dépouillé tous mes préjugés de province, et quelque dépit que puisse me causer la mauvaise humeur de sir Pétrus, elle ne me poussera pas à —

JOSEPH SURFACE

A la seule vengeance qui soit en votre pouvoir. Fort bien, l'applaudis à votre modération.

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