ACTE 111, SCÈNE I. 35S
MOÏSE
Oui, monsieur Laprime, de Crutched Friars1, un ci-devant courtier.
SIR fétrus.
Parbleu, sir Olivier, une idée me vient! — ( A Roltet. ) Vous dites que Charles ne connaît pas monsieur Laprime ?
MOÏSE
Pas le moins du monde.
SIR PÉTRUS
En ce cas, sir Olivier, vous avez là une occasion d’éclaircir vos doutes, bien préférable à l’expédient usé d’un parent tombé dans l’indigence; accompagnez l’ami Moïse, faites-vous passer pour Laprime, et je vous réponds qu’alors vous verrez votre neveu se dessiner dans toute sa gloire.
SIR OLIVIER
Parbleu , cette idée me plaît, je la préfère à l’autre; je pourrai ensuite faire une visite à Joseph dans le rôle du vieux Stanley.
sir p émus.
C’est juste.
ROLLET
Allons , c'est attaquer Charles par son côté le plus désavantageux : — quoi qu'il en soit, Moïse, vous comprenez le plan de sir Pétrus, et nous pouvons compter sur vous ?
moïse.
Oui, assurément; (fl regarde à sa montre ) voici bientôt l'heure où je dois aller le voir.
SIR OLIVIER
Je vous accompagnerai quand il vous plaira, Moïse: mais un moment! j'oubliais une chose ; comment diable ferai je pour passer pour juif?
Cela n’est pas nécessaire. — Celui que vous allez représenter est chrétien.
SIR OLIVIER
En vérité? Je suis fâché de l’apprendre; mais un mot encore; ne suis-je pas trop bien vêtu pour un prêteur ?
SIR PÉTRUS
Pas le moins du monde. Vous ne sortiriez pas de voire rôle
* Nom d'une rue do la Cite de Londres. Crutched Friars, moines de la croix.
quand bien même vous iriez dans votre équipage, — n’est-U pas
vrai. Moïse?
* moïse.
Très-vrai.
sm OLIVIER.
Oui, mais comment dois-je m’exprimer? Il y a un argot de l’usure, un mode de traiter qu’il faut connaître.
SIR PÉTRUS
Oh! cela se borne à peu de chose. Le grand point, à mon avis,, est d’être exorbitant dans vos conditions.
Oui, c'est le point principal.
SIR OLIVIER
Je vous promets de ne pas pécher sous ce rapport. Je lui demanderai dix pour cent pour le moins.
MOÏSE
Si vous ne lui demandez que cela, vous allez sur-le-champ vous trahir.
SIR OLIVIER
Que diable! — Combien donc faut-il demander?
moïse.
Cela dépend des circonstances. S’il ne vous parait pas tenir beaucoup à l’emprunt, il ne faut lui demander que quarante ou cinquante pour cent; mais si vous le trouvez dans une position critique, s’il a un besoin pressant de numéraire, vous pouvez hardiment lui demander le double.
SIR PÉTRUS
Voilà un joli métier que vous apprenez là, sir Olivier!
sm OLIVIER.
Joli, en effet, et qui ne laisse pas que d’être profitable.
MOÏSE
Et puis, rappelez-vous que vous n’avez pas l’argent vousmême, mais que vous êtes forcé de l’emprunter à un ami.
SIR OLIVIER
Oh ! je l’emprunte à un ami ; fort bien.
MOÏSE
Oui ; et votre ami est un homme sans conscience ; mais vous n'y pouvez rien.
SIR OLIVIER
Mon ami est un homme sans conscience, c’est cela.