ACTE III, SCENE I
me tourmenter. J’étais à peine marié depuis quinze jours que son père, robuste et bien portant, mourut tout exprès, je crois, pour avoir le plaisir de m’infliger la tutelle de sa fille. (On entend la voix de lady Aigremont qui fredonne. ) Mais voici venir ma chère moitié; il parait qu'elle est d'une humeur charmante. Combien je serais heureux d’arriver par mes taquineries à me faire aimer d’elle, ne fût-ce qu’un petit brin!
Entre LADY AIGREMONT.
LADY AIGREMONT
O mon Dieu! sir Pétrus, j’espère que vous n’avez pas cherché querelle à Maria. C’est mal en agir avec moi, que d’être de mauvaise humeur quand je ne suis pas là.
SIR PÉTRUS
Ah! lady Aigremont, si vous vouliez, je serais toujours de bonne humeur.
LADY AIGREMONT
Je voudrais que cela dépendit de moi, vous seriez maintenant d’une humeur adorable. Voyons, soyez de bonne humeur, et donnez-moi deux cents livres sterling; le voulez-vous?
SIR PÉTRUS
Deux cents livres sterling! Eh quoi! ne puis-je donc avoir un peu de bonne humeur, sans la payer à beaux deniers comptons? Mais parlez-moi toujours sur ce ton , et je vous promets de ne jamais rien vous refuser. Voici la somme que vous me demandez ; {il lui donne des billets de banque) mais que votre bouche m’eu accuse réception par un baiser.
lady aigremont, lui présentant sa main.
Vous contenterez-vous de mu main?
sih pétrus.
Vous ne me reprocherez plus de ne pas vous constituer une allocation indépendante. Je vous ménage une surprise. — Mais, dites-moi, serons-nous toujours ensemble comme nous sommes maintenant?
LADY AIGREMONT
Si cela vous convient. Je ne demande pas mieux que de voir cesser nos querelles, pourvu que vous confessiez que c’est vous qui avez le premier abandonné la partie.
SIR PÉTRUS
Eh bien ! ne luttons à l’avenir que d’obligeance.
LADY AIGREMONT
Je vous assure, sir Pétrus, que la bonté vous sied à ravir; je
vous trouve maintenant l’air que vous aviez avant notre mariage, alors que vous vous promeniez avec moi sous les ormeaux, que vous me contiez les prouesses de votre jeune âge, et que me passant la main sous le menton, vous me demandiez si je pourrais consentir à aimer un vieux mari qui ne me refuserait jamais rien ; vous en souvenez-vous?
SIR PETRUS
Oui, oui; vous étiez alors si bonne, si attentive.
LADY AIGREMO.NT.
C’est vrai; et je ne manquais jamais de prendre votre parti quand les personnes de ma connaissance disaient du mal de vous, et cherchaient à vous ridiculiser.
SIR PÉTRUS
Vraiment 1
LADY AIGREMONT
Oui; et quand ma cousine Sophie vous qualifiait de vieux garçon atrabilaire, et me plaisantait de songer à épouser un homme qui aurait pu être mon père, je prenais toujours votre défense; je soutenais que vous n'étiez pas si laid qu’on voulait bien le dire.
SIR PÉTRUS
Bien obligé.
LADY AIGREMONT
Et j'affirmais que vous feriez un excellent mari, t
SIR PÉTRUS
Et vous avez prophétisé vrai ; et désormais nous allons être le couple le plus heureux —
LADY AIGREMO.NT.
Et nous ne serons plus en désaccord ?
Non, jamais 1 — Toutefois , ma chère lady Aigremont, vous ferez bien de veiller sérieusement sur votre caractère; car dans toutes nos petites querelles, ma chère, souvenez-vous-en bien, mon amour, c’est toujours vous qui commencez.
LADY AIGREMONT
Je vous demande bien pardon, mon cher sir Pétrus; c’est toujours de vous que vient la provocation.
SIR PÉTRUS
Encore, mon ange! Prcncz-y garde, la contradiction n’est pas le moyen de rester amis.
LADY AIGREMONT
Voilà que vous commencez encore, mon ami.