ACTE III, SCENE III
S1U OLIVIER
En ce cas — d l’usure! Puisse-t-elle obtenir tout le succès qu'elle mérite.
SANS-SOUCI
Non, non, les choses ne doivent point se passer ainsi! Monsieur Laprime, vous avez escamoté le toast; il vous faut boire celle rasade dans un verre d'une pinte.
SIR HENRI
D’une pinte pour le moins.
MOÏSE
Monsieur, veuillez considérer que monsieur Laprime est un gentleman.
SANS-SOUCI
Raison de plus pour qu'il aime le bon vin.
SIR HENRI
Donnez à Moïse un verre de deux pintes ; — c’est de la rébellion; c’est méconnaître l'autorité du président1.
SANS-SOUCI
Allons, il faut que justice se fasse ; il faut boire jusqu'à la dernière goutte.
SIR OLIVIER
Excusez, messieurs ; je ne m’attendais point à un tel procédé.
CHARLES SURFACE
Non, morbleu, il n’en sera point ainsi! Monsieur Laprime est un étranger.
sir olivier, d part.
Diantre ! je voudrais pour beaucoup être hors de leur compagnie.
SANS-SOUCI
En ce cas, que le diable les emporte! — Puisqu’ils refusent de boire, nous ne leur tiendrons pas compagnie. Venez, Henri, les dés sont dans la pièce voisine. — Charles, tu nous rejoindras quand tu auras terminé avec ces messieurs.
CHARLES SURFACE
Oui, oui. Tou* les couYÎret sortent.
Charles surface, continuant.
Sans-souci !
sans-souci, revenant sur ses pas.
Eh bien !
CHARLES SURFACE
J’aurai peut-être besoin de toi.
1 En Angleterre, il e»l d'habitude, dans le* banquets, d'avoirun président qui occupe le haut bout de la table et qui règle l'ordre dan* lequel les toast* icnt porte»
SANS-SOUCI
Oh ! tu sais que je suis toujours prêt ; ma parole ou ma signature, peu importe.
il «on.
Monsieur, je vous présente monsieur Laprime, homme plein d’honneur et de discrétion, et qui toujours exécute ce qu’il a promis. — Monsieur Laprimg, je yous présente —
CHARLES SURFACE
Bah ! finissons-en. — Monsieur, l'ami Moïse est un très-honnête homme, mais un peu lent à s’exprimer ; il nous tiendra une heure à décliner nos titres. Monsieur Laprime, voici tout bonnement de quoi il est question : Je suis un jeune prodigue qui a besoin d'emprunter de l’argent ; — vous êtes, je pense, un vieillard économe et prudent qui a de l’argent A prêter. — Je suis assez fou pour donner cinquante pour cent de cet argent, plutôt que de m’en passer; et vous êtes, je présume, assez mué pour prendre cent pour cent, si vous pouvez l’obtenir. Vous voyez donc, monsieur, que nous nous connaissons, et nous pouvons, sans plus de cérémonie, procéder à l’affaire qui vous amène.
SIR OLIVIER
Voilà de la franchise, sur ma parole. — Je vois, monsieur, que vous êtes un homme tout rond.
• CHARLES SURFACE
Oui, monsieur ; la rondeur en affaires m’a toujours semblé, ce qu’il j avait de mieux.
SIR OLIVIER
Monsieur, vous me convenez comme cela ; cependant, il est un point sur lequel vous êtes dans l’erreur; je n’ai point d’argent à prêter, mais je puis en emprunter à un ami ; seulement, cet ami est un homme sans conscience. — N’cst-il pas vrai. Moïse ?
moïse.
C’est vrai. Vous savez que je dis toujours la vérité, et que ju hais le mensonge.
CHARLES SURFACE
Fort bien ; c'est ce que font habituellement les gens qui disent la vérité; mais ne nous arrêtons pas à ces simagrées, monsieur Laprime. Je sais qu'on ne peut pas se procurer de l’argent sans faire des sacrifices.