‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 248 sur 357 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

MOÏSE

Monsieur Laprime désire que vous disiez votre prix.

Eh bien, nous le mettrons à dit livres sterling; certes, ce n'est pas cher pour un ofticter supérieur.

sir olivier, à part.

Dieu me soij en aide! Son illustre oncle Richard pour dix livres sterling. — (Haut.) Fort bien, monsieur, je le prend» à ce prix. *

CHARLES SURFACE

Sans-souci, adjuge mon oncle Richard. — Voici maintenant, une de scs sœurs, restée fille, ma grand’tante Débora, peinte par Kneller, dans son meilleur style; ce portrait passe pour être d’une formidable ressemblance. — Vous voyez, elle est en bergère, faisant paître son troupeau. — Je vous la laisse pour cinq livres dix shellings, — les moutons seuls les valent.

sir olivier, à part.

Ah ! pauvre Débora ! une femme qui s’estimait à un si haut prix 1 — Cinq livres dix shellings ! — ( Haut .) Elle est a moi.

CHARLES SURFACE

Adjuge ma tante Débora, Sans-souci ! — Voici maintenant le grand-père de ma mère, savant magistrat, bien connu aux assises de l’Ouest. — Quel prix y mettez-vous, Moïse î

moïse.

Quatre guinées.

CHARLES SCRFACB.

Quatre guinées! — Vive Dieu ! vous ne donnez pas même le prix de sa perruque. — Monsieur Laprime, vous aurez sans doute plus de respect pour le sac de laine*. Permettez-moi d’adjuger sa seigneurie à quinze guinées.

SIR OLIVIER

Oui, assurément.

SANS-SOUCI

Adjugé.

CHARLES SURFACE

Voici maintenant deux de ses frères, William et Walter Blunt, deux écuyers 2, tous deux membres du parlement, et orateurs distingués ; et ce qu’il y a d'extraordinaire, je crois que c'est la première fois qu’ils ont été vendus ou achetés

1 Sur lequel les juges s'asseyent en Angleterre.

’ Qualilicalion liouoriliijue.

SIR OLIVIER

C’est, en effet, fort extraordinaire! Pour l'honneur du parlement, je les prendrai au prix que vous aurez fixé.

SANS-SOUCI

Bien dit, mon petit Laprimel — Je les adjuge à quarante livres sterling.

CHARLES SURFACE

Voici un bon vivant! — Je ne sais pas son degré de parenté, mais il était maire de Norwich : prcncz-lc pour’huit livres sterling.

SIR OUVIER.

Non, non; six livres sont bien assez pour le maire.

CHARLES SURFACE

Allons, substituez aux livres des guinées *, et je vous donne ces deux aldermcn2 par-dessus le marché.

Je les prends.

CHARLES SURFACE

Sans-souci, adjuge le maire et les deux aldermen. — Bah ! que diantre! en continuant de ce train, la vente en détail nous prendra la journée entière ; vendons en masse. Qu’en dites-vous, mon petit Laprime ? Donnez-moi trois cents livres sterling et prenez en bloc ce qui reste.

SANS-SOUCI

Oui, oui, cela vaut mieui.

SIR OLIVIER

Je suis disposé à faire tout ce qui pourra vous arranger : — je les prends. Mais il y a un portrait que vous avez toujours passé sous silence.

sans-souci , quittant le fauteuil et s'avançant.

Quoi? ce petit drôle de mauvaise miné, au-dessus du canapé?

sm olivier.

Précisément, monsieur ; seulement je ne lui trouve pas aussi mauvaise mine que vous dites, tant s en faut.

CHARLES SURFACE

Quoi? celui-là? — Oh ! c'est le portrait de mon oncle Olivier, peint avant son départ pour les Indes.

SANS-SOUCI

Ton oncle Olivier ? — Parbleu, Charles, toi et lui, vous ne

1 1.a livre sterling est de 20 shillings, la guincc de 21. * Membres dn couseil municipal.

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