ACTE IV, SCENE I. 3-iD
serez jamais amis. Je ne sais si je me trompe, mais je trouve à ce drôle-là un air singulièrement morose, un regard implacable, et une physionomie déshéritante s’il en fut jamais! Crois-moi, c'est un coquin fieffé ! — N’êtes-vous pas de mon avis, mon petit Laprime?
Il lui frappe sur l’épaule.
SIR OLIVIER
Non, certes; je lui trouve la physionomie aussi honnête qu’à aucun des visages, morts ou vivans, qui sont dans cette salle; — mais je pense que l’oncle Olivier est compris dans la vente, et partira avec le reste de la pacotille.
CHARLES SURFACE
Non, de par tous les diables ; je ne me séparerai pas du pauvre Olivier. Le brave homme a été pour moi plein de bonté, et je veux garder son portrait tant qu’il me restera une chambre pour l'y placer.
sir olivier, à part.
Le coquin est mon neveu, après tout. — (Haut.) Je vous dirai, monsieur, que j'attache un prix tout particulier à posséder ce portrait.
CHARLES SURFACE
J en suis fâché; mais très-certainement vous ne l'aurez pas.
. — Que diantre! n’en avez-vous pas là tout autant qu’il vous en faut?
sir Olivier , à part.
Je lui pardonne tout ! — ( Haut. ) Monsieur, quand il me passe par la tête une fantaisie, je ne regarde pas à l’argent. Je vous offre pour ce portrait autant que pour tous les autres réunis.
CHARLES SURFACE
Ne m’importunez pas davantage sur ce point, monsieur le courtier : je ne veux pas le vendre; qu’il n’en soit plus question.
sir OLiviEn , à part.
Cômme le drôle ressemble à son père! — (Haut.) Allons, allons, n’en parlons plus. — ( A part.) Je ne l’avais pas remarqué d’abord, mais, assurément, je n’ai jamais vu de ressemblance aussi frappante. — (Haut.) Voici une traite en payement.
Il lire de son portefeuille un billet qu'il lui remet
CnARLES SURFACE.
Comment donc! mais c’est une traite de huit cents livres sterling!
SIR OLIVIER
Vous persistes à ne pas vous défaire de sir Olivier?
CHARLES SURFACE
Oui, morbleu ! — Je vous le répète.
SIR OLIVIER
En ce cas, gardez le surplus ; nous balancerons cela une autre fois ; — mais, par dessus le marché, donnez-moi votre main ; vous êtes un honnête garçon, Charles, — veuillez excuser, monsieur, la liberté que je prends. — Venez, Moïse.
CHARLES SURFACE
Parbleu, le bonhomme est un drôle de corps! — Ah ça! Laprime, vous allez pourvoir ces messieurs d'un logement.
SIR OLIVIER
Oui, je les enverrai chercher dans un ou deui jours.
CHARLES SURFACE
Mais ayez soin d’envoyer, pour les prendre, des moyens de transport convenables ; car, de leur vivant, la plupart d’entre eux avaient équipage.
SIR OLIVIER
Oui, oui, je^vous le promets; — tous, à l’exception d’Olivier.
CUARLES SURFACE.
Oui, tous, le seul petit nabab* excepté.
SIR OLIVIER
Vous êtes bien décidé sur ce point ?
CHARLES SURFACE
Irrévocablement.
sir olivier, d part.
Le cher vaurien ! — ( Haut. ) Adieu ! — Venez, Moïse. — ( A part.) Qu'on vienne me dire, maintenant, que c’est un mauvais sujet!
Sir Olivier Surface et Boise sortent.
SANS-SOUCI
Parbleu, voilà parmi les gens de sa sorte le drôle le plus original que j’aie encore vu.
C’est, à mon avis, le prince des courtiers. Je voudrais bien savoir comment ce réprouvé de Moïse a pu lier connaissance avec un si honnête homme. — Mais je vois venir Rollet; Sans-souci, va dire à la compagnie que je vais la rejoindre dans un instant.
'C'est le nom qu'on donne en Angleterre à ceux qui se sont enrichis dans l'Imle.