‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 254 sur 357 · ACTE IV, SCÈNE ITT. 3SS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE ITT. 3SS

vous bien impatienté? — O mon Dieu! ne prenez point ainsi votre air grave. — Je vous jure que je n’ai pu venir plus tôt.

Oh! madame, la ponctualité est une sorte de constance toutà— fait déplacée dans une femme de qualité.

Il prévoie uue chaise à .lady Aigremont, et s'assied après elle.

LADY AIGREMONT

Sur ma parole, vous devez me plaindre. La mauvaise humeur de sir Pétrus à mon égard empire chaque jour ; et le meilleur de l’histoire, c’est qu'il est jaloux de Charles.

Joseph surface , à part.

Je suis charmé que la médisance de mes amis propage ce bruit-là.

LADY AIGREMONT

Je voudrais qu’il lui laissât épouser Maria; peut-être alors reviendrait-il de son erreur; ne le souhaitez-vous pas aussi, monsieur Surface ?

Joseph surface, à part.

Ma foi, non. — ( Haut. ) Oh! certainement ! car alors ma chère lady Àigremont verrait combien elle a eu tort de me soupçonner d’avoir des projets sur cette petite sotte.

LADY AIGREMONT

Allons, allons, je suis disposée à vous croire. Mais n’est-il pas cruel de voir tenir sur moi les propos les plus malveillans ? Lady Daubencour, par exemple, a fait circuler sur mon compte les histoires les plus scandaleuses, et ce qui me fâche le plus, c’est qu’elles n’ont pas le moindre fondement.

JOSEPH SURFACB.

Oui, madame, ce qu’il y a en effet de plus fâcheux dans ces bruits, c’est qu’ils sont sans fondement. Voilà ce qui doit exciter votre dépit ; car lorsqu’un bruit scandaleux est accrédité contre nous, il n’y a rien qui console comme de savoir que nous l'avons mérité.

Dans ce cas, je l’avoue, je leur pardonnerais ; mais m'attaquer, moi qui suis l’innocence même, moi qui ne dis jamais de mal de personne, c'est-à-dire d’aucun de mes amis 1 Et puis être obligée d’essuyer la mauvaise humeur et la jalousie de sir Pétrus Aigremont, quamfmon cœur a la conscience de son intégrité ; oh ! ç’est véritablement monstrueux.

JOSEPH SURFACE

Mais, ma chère lady Aigremont, si vous le souffrez, ne vous cr

prenez qu’à vous-même. Quand un mari soupçonne injustement sa femme, et lui retire sa confiance, elle doit à l’honneur de son scie de le tromper.

LADY AIGREMONT. 1

Vraiment 1 — Si bien donc que s’il me soupçonne sans motif, selon vous, le meilleur moyen de guérir sa jalousie, c’est de la justifier.

JOSEPH SURFACE

Sans aucun doute, — car votre mari ne doit jamais se tromper sur votre compte, — et la fragilité est un hommage que vous devez à son discernement.

LADY AIGREMONT

Assurément, ce que vous dites est fort raisonnable, et lorsque la conviction intime de mon innocence —

JOSEPH SURFACE

Ah! madame, voilà la grande erreur : c’est justement cette conviction où vous êtes qui nous nuit le plus. Qu’est-ce qui vous rend oublieuse de l’étiquette, et insouciante de l’opinion du monde? — La conviction intime de votre innocence. Qui vous rend étourdie dans votre conduite, qui vous expose à tomber dans mille petites imprudences? — La conviction intime de votre innocence. Qui fait que vous supportez impatiemment l’humeur de sir Pétrus, et que ses soupçons vous révoltent? — La conviction intime de votre innocence.

LADY AIGREMONT

C’est très-vrai.

JOSEPH SURFACE

Ma chère ladyAigremont, si vous consentiez seulement à faire un léger faux pas, yous ne sauriez concevoir combien cela vous rendrait circonspecte, et vous disposerait à complaire à votre mari et à vous plier à son humeur.

LADY AIGREMONT

Vous croyez?

JOSEPH SURFACE

Oh ! j’en suis sûr ; alors vous verriez cesser tous les bruits médisons ; car votre réputation ressemble à une personne qui aurait la pléthore; positivement, elle se meurt d’un excès de santé.

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