‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 256 sur 357 · I.ADY AIGREHONT · texte numérisé non relu

I.ADY AIGREHONT

Sir Pétrus! Mon Dieu! — je suis perdue, — je suis perdue.

LE DOMESTIQUE

Monsieur, ce n'est pas moi qui lui ai ouvert.

LADY AIGREHOXT.

Oh! je suis perdue sans ressource! Que vais-je devenirî Voyons, monsieur le logicien, — Miséricorde! le voilà sur l’esealicr. — Je vais me cacher derrière ce paravent, — et si jamais il m’arrive encore de commettre pareille imprudence, —

Elle passe derrière le paravent.

JOSEPH SURFACE

Donnez-moi ce livre.

Il prend uu livre cl s'assied.

Entre SIR PÉTRÜS.

SIR PÉTRÜS.

C’est bien cela, toujours occupé à s’instruire. — Monsieur Surface, monsieur Surface!

JOSEPH SURFACE

O mon cher sir Pétrus! je vous demande pardon. (Il fait semblant de bâiller, et jette son livre.) J’étais ici à bâiller sur un livre stupide. — Je vous suis obligé de cette visite. Vous n’êtes pas venu dans cette pièce, je crois, depuis que je l’ai fait arranger. — Vous savez que les livres sont la seule chose où je mette de la vanité.

SIR PÉTRÜS.

Cette pièce est en vérité fort bien. — Allons, allons, c’est on ne peut mieux, et je vois que vous faites servir à votre instruction jusqu’à votre paravent ; — il est tapissé, je crois, de cartes géographiques.

Il t’avance vers le paravent.

Joseph surface, l’ entraînant vers une autre partie de la chambre.

Ce paravent m'est fort utile.

sm pétrus.

Je n’en doute pas; par exemple, lorsque vous êtes pressé de trouver quelque chose.

josf.ph surface, d part.

Oui, ou lorsque je suis pressé de cacher quelque chose.

v J’ai à vous parler en particulier.

josepu surface, au domestique.

Tu peux sortir.

Le domesli.pic sort.

joseph surface , avançant des chaises.

Voilà une chaise, sir Pétrus ; veuillez, je vous prie...

SIR PÉTRUS

Maintenant que nous voilà seuls, il y a, mon cher ami, un

v ACTE IV , SCÈNE III. 35B

sujet sur lequel je désire vous ouvrir mon cœur, un point de la plus grande importance pour mon repos ; enfin, mon bon ami, vous saurez que depuis peu la conduite de lady Aigremont m’a rendu bien malheureux.

JOSEPH SURFACE

Vraiment! Je suis affligé de l’apprendre.

- SIR PÉTRUS

Oui, il n’est que trop évident qu’elle n’a pas pour moi la moindre affection ; mais ce qu’il y a de plus fâcheux, j’ai de fortes raisons de croire qu’elle en aime un autre.

JOSEPH SURFACE

En vérité ? Vous m’étonnez !

SIR PÉTRUS

Oui ; et je vous dirai entre nous que je pense avoir découvert l’individu en question.

Comment! Mais vous m’alarmez excessivement.

SIR PÉTRUS

Ah! mon cher ami, j’étais sûr que vous sympathiseriez à mes peines.

JOSEPH SURFACE

Oui, croyez-moi, sir Pétrus, une pareille découverte me ferait autant de mal qu’à vous-même.

' SIR PÉTRUS

J’en suis convaincu. — Oh ! c’est un grand bonheur que d’avoir un ami à qui l’on peut tout confier, jusqu’à des secrets de famille. Mais ne devinez-vous pas de qui je veux parler?

JOSEPH SURFACE

Je n’en ai pas la plus légère idée. Ce n’est pas sans doute sir Benjamin Mordentraltre?

SIR PÉTRUS

Oh! non. Que pensez-vous de Charles?

JOSEPH SURFACE

Mon frère ? impossible !

SIR PÉTRUS

Ü mon cher ami ! la bonté de votre cœur vous égare ; vous jugez des autres par vous-même.

JOSEPH SURFACE

Sans nul doute, sir Pétrus , le cœur qui a la conscience de sa propre intégrité hésite à croire à la perfidie dans les autres.

sir rirruus.

C’est vrai; mais votre frère est sans moralité; jamais on ne i’entend tenir un langage comme celui-là.

JOSEPH SURFACE

Cependant, je ne puis m’empéchcr de croire que lady Aigremont elle-même a trop de principes. —

SIR PÉTRUS

Ah î que peuvent les principes contre les flatteries d’un homme beau, jeune et plein de feu?

JOSEPH SURFACE

C’est très-vrai.

SIR PÉTRUS

Et puis, vous le concevez, la différence de nos âges rend touta-fait improbable qu’elle ait pour moi une affection bien vive ; s’il lui arrivait, à elle, de commettre quelques faiblesses, et à moi de les publier, ce que j’y gagnerais serait de voir la ville se moquer de moi, et rire du vieux garçon qui a épousé une jeune fille!...

JOSEPH SURFACE

C’est vrai ; — on rirait, sans nul doute.

SIR PÉTRUS

Si l’on rirait 1 Je me verrais chansonné, ridiculisé dans les journaux, et Dieu sait quoi encore.

JOSEPH SURFACE

Non, — vous auriez tort de donner de la publicité à la chose.

Que le neveu de mon vieil ami sir Olivier soit justement celui qui cherche à porter atteinte à mon honneur, ah! voilà ce qui me blesse au vif.

JOSEPH SURFACE

Oui, c’est précisément cela. — Quand c’est l’ingratitude qui enfonce le trait de l’injure, la blessure présente un double danger.

SIR PÉTRUS

Oui; — moi qui étais en quelque sorte son tuteur, qui si souvent l’ai reçu à ma table, qui ne lui ai jamais refusé un conseil.

JOSEPH SURFACE

Oh! c’est à ne point y croire. 11 est capable d’une telle bassesse, sans aucun doute; mais pour ma part, jusqu’à ce que vous m’en ayez donné des preuves positives, je ne puis que rester dans le doute. Toutefois, s’il vient à être prouvé qu'il est coupable, je le renie pour mon frère, il ne m’est plus rien • car

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