ACTE IV, SCÈNE III. 3f,l
l'homme capable de fouler aux pieds les lois de l'hospitalité et de séduire la femme de son ami, mérite d’étre dénoncé et flétri comme une peste sociale.
SIR PÉTRUS
Quelle différence entre vous! Quels nobles sentimens!
JOSEPH SURFACE
Après tout, je ne saurais me déciderà soupçonner l'honneur de lady Aigrcmont.
Je ne demanderais pas mieux que d’avoir bonne opinion d’elle, et d’éloigner entre nous tout sujet de mécontentement. Depuis peu, clic m’a plus d’une fois reproché de ne lui avoir constitué aucun revenu à part ; et dans notre dernière altercation, elle m’a presque donné à entendre que si je venais à mourir, elle ne mourrait pas de douleur. Or, comme il parait que nos idées diffèrent en matière de dépense, j’ai résolu de lui donner à l’avenir liberté entière, et de la laisser agir à sa guise sous ce rapport ; et quand je serai mort, elle verra que, vivant, je n’ai pas négligé ses intérêts. Tenez, mon ami, voici les minutes de deux actes sur lesquels je vous demanderai votre opinion. — Par l’un, elle jouira, ma vie durant, d’un revenu séparé de huit cents livres sterling ; et par l’autre, je lui lègue, après ma mort, la majeure partie de ma fortune.
JOSEPH SURFACE
Cette conduite, sir Pétrus, est on ne peut plus généreuse.
( A part.) Dieu veuille qu’elle n’exerce pas une influence pernicieuse sur mon élève!
SIR PÉTRUS
Oui, je veux faire en sorte qu’elle n'ait pas le moindre motif de se plaindre de moi; toutefois, je ne voudrais pas lui faire connaître encore la dernière marque de mon affection pour elle. josp.ph surface, à part.
Je voudrais aussi qu’elle l'ignorât, si la chose était possible.
SIR PÉTRUS
Maintenant, mon cher ami, si vous le trouvez bon, nous allons causer de l’état de vos espérances à l’égard de Maria ?
Joseph surface, à demi-voix.
Oh ! non, sir Pétrus; une autre fois, s'il vous plaît.
SIR PÉTRUS
Je suis sensiblement chagriné du peu de progrès que vous scmblez faire dans ses affections.
joseph surface, à demi-voix.
Vous m’obligeriez de n’en point parler, monsieur. Que sont mes espérances déçues quand c’est de votre bonheur qu’il est question? {A part.) Morbleu! tout se tourne contre moi.
SIR PÉTRUS
Quelle que soit votre répugnance à ce que je fasse part de votre passion à lady Aigremont, je puis vous assurer que vous ne l’avez pas pour ennemie dans celte affaire.
JOSEPH SURFACE
Jp vous en prie, sir Pétrus, obligez-moi; je suis véritablement trop affecté par la conversation que nous venons d’avoir, pour pouvoir donner une seule pensée à mes propres affaires. L'homme à qui son ami a confié ses chagrins, ne saurait —
Entre UN DOMESTIQUE.
joseph surfacb, continuant.
Eh bien 1 qu’y a-t-il?
LE DOMESTIQUE
Votre frère est en bas, causant avec un monsieur, et il prétend
savoir que vous êtes chez vous.
JOSEPH surface.
Imbécile, je ne suis pas chez moi; je suis absent pour toute, la journée.
Attendez, — une pensée me vient ; — faites dire que vous êtes à la maison.
JOSEPH SURFACE
Eh bien ! qu’il monte.
Le domestique sort.
joseph surface, continuant, à part-
il interrompra du moins la conversation de sir Pétrus. sir pétrus.
Mon cher ami, rendez-moi un service, je vous prie ; avant que Charles vienne, laissez-moi me cacher quelque part. — Mettezle alors sur le chapitre dont nous venons de parler; ses réponses lèveront toutes mes incertitudes.
JOSEPH SURFACE
Fi donc, sir Pétrus 1 voudriez-vous me rendre complice d’un stratagème aussi vil? - Vouloir que je tende un piège à mon frère!
SIR PETRUS
Ne me soutenez-vous pas qu’il est innocent? S il lest, vous lui rendez un signalé service en lui offrant l’occasion de se dis-