‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 264 sur 357 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

ROLLET

Dites plutôt au bout de la langue, sir Olivier ; car il n'cst pas de maximes auxquelles il ait plus de foi qu’à celle-ci : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. »

SIR OLIVIER

Et la sienne est tellement concentrée en lui-même, qu’il ne lui arrive jamais de se répandre au dehors.

ROLLET

C’est, je crois, ce dont vous vous convaincrez.— Mais il vient. Je vous laisse avec lui; ainsi que nous en sommes convenus, aussitôt que vous l’aurez quitté, je viendrai vous annoncer sous votre nom véritable.

SIR OLIVIER

C’est bien; ensuite vous irez me rejoindre chez sir Pétrus.

ROLLET

Sans perdre un moment.

Il sort

Entre JOSEPH SURFACE, sin olivier, à part.

Sa physionomie pateline ne me revient pas.

JOSEPH SURFACE

Monsieur, je vous demande mille pardons de vous avoir fait attendre. — Vous êtes monsieur Stanley, je présume?

SIR OLIVIER

Pour vous servir.

JOSEPH SURFACE

Monsieur , veuillez , je vous prie, me faire l’honneur de prendre- un siège.

SIR OLIVIER

Monsieur, cela n’est pas nécessaire. — { A part .) Trop poli de moitié.

JOSEPH SURFACE

Je n'ai pas le plaisir de vous connaître, monsieur Stanley ; mais je suis véritablement charmé de vous trouver si bon visage. Monsieur Stanley, vous étiez proche parent de ma mère, si je ne me trompe?

Oui, monsieur; — tellement proche, que j’ai tout lieu de craindre que mon indigence actuelle ne jetle du discrédit sur ses enfans opulens ; sans quoi je n'aurais pas pris la liberté de vous importuner.

JOSEPH SURFACE

Vous n’avez pas besoin d’eicuse, monsieur : — Quiconque est dans le malheur, fût-il un étranger, a le droit de revendiquer la parenté des riches. Je' regrette de ne pas appartenir à cette classe, et de ne pouvoir même vous offrir un faible secours.

SIR OLIVIER

Si votre oncle sir Olivier était ici , j’aurais un ami.

JOSEPH SURFACE

Je voudrais de tout mon cœur qu’il fût 4ci, monsieur; vous auriez, croyez-moi, un avocat auprès de lui.

SIR OLIVIER

Je n’en aurais pas besoin, — mes malheurs seraient pour moi une recommandation suffisante. Mais je pensais que ses bienfaits vous avaient mis à même de servir d'intermédiaire à sa bienfaisance.

JOSEPH SURFACE

Mon cher monsieur, vous êtes singulièrement dans l'erreur. Sir Olivier est un digne homme, un très-digne homme; mais l’avarice, monsieur Stanley, est le vice des vieillards. Je vous dirai entre nous, mon cher monsieur, que ce qu’il a fait pour moi est moins que rien ; d'autres ont cru, je le sais, qu’il en était autrement, et pour ma part, c’est une opinion que je n’ai jamais jugé à propos de contredire.

SIR OLIVIER

Eh quoi ! il ne vous a jamais envoyé des lingots, des roupies, des pagodes1?

JOSEPH SURFACE

Rien qui y ressemble, mon cher monsieur, — non, non. — 11 m’a envoyé par ci par là quelques petits cadeaux, — de la porcelaine, des châles, du thé Congo, et autres bagatelles de l’Inde; c’est là tout, croyez-moi.

sir olivier, d part.

Voila la reconnaissance dont il paye les douze mille livres sterling qu’il a reçues de moi! — du thé CoDgo, et autres bagatelles de l’Inde !

JOSEPH SURFACE

•Puis, mon cher monsieur, vous avez sans doute entendu parler des prodigalités de mon frère ; on ne saurait croire tout ce que j’ai fait pour cet infortuné jeune homme.

1 Monnaie de l'Inde.

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