‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 27 sur 357 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

sir ujcius. Usant.

« Monsieur, — fl y a souvent dans ràmour une impulsion ex- »» citative dont on peut tirer de plus concluantes inductions que »> d’années entières de félicité conjugale. Telle est la commotion » que j’ai ressentie à la première vue de sir Lucius Tête-Chaude.»

En vérité, c’est charmant! — «Les convenances m’empêchent

» d'en dire davantage ; j'ajouterai seulement que ce sera pour » moi une infaillible joie que de trouver sir Lucius répondant » au dernier critérion de mes affections. A vous, tant que vous » en serez digne.

» Délia. »

En conscience, Lucie, ta maîtresse manie admirablement la langue! Elle commande au dictionnaire en souveraine absolue; car, le diable m’emporte, il n’est pas un mot, fût-il à cent lieues, qui ne se hâte de répondre à son appel.

LUCIE

Oui, monsieur, c'est une dame qui a de l'expérience.

De l'expérience ! à dix-sept ans î

LUCIE

Il est vrai, monsieur; — mais elle lit tant! Mort de ma vie! si vous saviez comme elle lit !

SIR LUCIUS

Il faut qu’elle soit diablement instruite pour écrire comme cela; ce qui n’empêche pas quelle n’y mette un peu d’arbitraire; par exemple, il y a un grand nombre de mots qu’elle a forcément fait entrer au service de ce billet , qui, dans tout pays chrétien, auraient pu légalement s’y refuser. Au surplus, quand c'est le coeur qui conduit la plume, il faut être bien mal appris pour chicaner sur le style.

LUCIE

Ah! sir Lucius, si vous entendiez comme elle parle de vous!

SIR LUCIUS

Oh ! dis-lui quelle sera la plus heureuse femme du monde, et lady Tête-Chaude par-dessus le marché! mais il nous faut obtenir le consentement de la vieille, et faire toutes choses selon les règles.

LUCIE

Comment donc, sir Lucius, je ne vous croyais pas assez riche pour être si scrupuleux.

SIR LUCIUS

C’est justement cela, ma chère : je suis tellement pauvre que

je n’ai pas les moyens de faire une mauvaise action. Si je n’étais pas à court d’argent, j’enlèverais ta maîtresse et sa fortune avec le plus grand plaisir. Quoi qu'il en soit, ma petite, {il lui donne de l'argent) voici pour l’acheter un ruban; nous nous verrons ce soir, et je te donnerai une réponse sur ce chapitre. Sur ce , friponne, pour que tu ne l’oublies pas, voici les arrhes d'un baiser.

Il l'nmltrasso.

Lucre.

O bonté de Dieu ! sir Lucius — je n’ai jamais vu un gentleman comme vous! Ma maltresse ne vous aimera pas si vous prenez de telles libertés.

SIR LCC1US.

Au contraire, Lucie ! — Bah 1 — la — comment la nommet-on T— la retenue, la réserve, dans un amant, est une qualité que les femmes louent plus qu’elles ne l’aiment; si donc, ma chère, ta mattresse le demande si sir Lucius t’a jamais donné un baiser, dis-Iui qu’il t’en a donné cinquante.

LUCIE

Quoi! voulez-vous donc que je mente?

SIR LUCIUS

Ohl en ce cas, friponne, je ferai de ce mensonge-là une vérité.

Il va pour l'embrasser de nouveau.

LUCIE

Fi donc, monsieur ! Voici quelqu'un qui vient.

SIR LUCIUS

Laisse-moi tranquilliser ta conscience.

Il aperçoit Labrosac, et s'éloigne en fredonnant.

Arrive LABROSSE.

LABROSSE

Ahçà! ahçà! mademoiselle, je vous demande humblement pardon.

LUCIE

O mon Dieu! — En vérité, monsieur Labrosse, vous effrayez les gens à un point —

LABROSSE

Allons, allons, Lucie, nous ne sommes ici que nousdeui; — or sus donc, un peu moins de simplicité viilageoisp, et un ou deui grains de sincérité de plus, s'il vous plaît. Vous nous jouez, mademoiselle. Je vous ai vue donner une lettre au baronnet. Mon maître en sera instruit ; et s'il ne l’appelle pas sur le terrain, — c'est moi qui m’en charge.

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