ACTE V, SCENE III
CHARLES SURFACE
Joseph!
JOSEPH SURFACE
La mesure est comblée !
C’est vrai!
SIR OLIVIER
Sir Pétrus, mon ami, — et vous, Rollet, (montrant Joseph) regardez cet homme, l’ainé de mes neveux. Vous savez ce que ma libéralité a déjà fait pour lui, et combien j'étais disposé à lui laisser la moitié de ma fortune. Jugez donc de mon désappointement, quand je l'ai trouvé totalement dénué de bonne foi, de charité et de reconnaissance.
SIR PÉTRUS
Sir Olivier, cette déclaration me surprendrait davantage, si déjà moi-même je n’avais reconnu en lui un égoïste, un perfide et un hypocrite.
LADY AIGREMOMT.
Et si monsieur, en entendant ces accusations, refuse de s’avouer coupable, à l'appui de sa moralité, qu’il invoque mon témoignage.
SIR TÉTRUS.
Il n'est pas besoin, je crois, de rien ajouter : s’il a la conscience de lui-même, il ne saurait être pour lui de plus grande punition que de savoir qu’il est démasqué.
CHARLES SÜRFACE, d part.
S’ils parlent ainsi à la vertu personnifiée, que vont-ils me diro à moi?
SIR OLIVIER
Quant à son frère, ce mauvais sujet que vous voyez, —
CHARLES SURFACE, à part.
Voilà mon tour qui arrive : ces maudits portraits de famille vont causer ma perte.
JOSEFIl SURFACE.
Sir Olivier, — mon oncle, voulez-vous me faire l’honneur de m'entendre?
CHARLES SURFACE, à part.
Si maintenant Joseph voulait commencer une de ses longues tirades, cela me donnerait un peu le temps de me remettre. sir olivier, à Joseph.
Tu voudrais sans doute essayer de te justifier?
JOSEPH SURFACE
J’y parviendrai, je crois.
SIR OLIVIER
Si tu désertes ton immoralité aux abois, et cherches à te disculper, — tu as encore moins de principes que je ne t'en croyais. — ( A Charles.) Eh bien ! monsieur, vous aussi, sans doute, vous pouvez vous justifier?
CHARLES SURFACE
Non pas que je sache, sir Olivier.
SIR OLIVIER
Eh quoi î est-cc que, par hasard, le petit Laprimc aurait été mis trop avant dans vos secrets?
CHARLES SURFACE
Oui, mon oncle ; mais c’étaient des secrets de famille, et ceuxlà, vous le savez, il n’est pas permis de les divulguer.
ROLLET
Allons, sir Olivier, je suis sûr que vous ne pouvez regarder les folies de Charles avec courroux.
SIR OLIVIER
Ni avec gravité, cela est certain. Savez-'ous bien, sir Pétrus, que le vaurien m’a vendu en gros tous ses ancêtres, m'a livré des juges et des généraux à la toise, et des tantes décédées vierges, à aussi bas prix que de La porcelaine cassée ?
CHARLES SURFACE
J’avoue, sir Olivier, que j’ai agi un peu cavalièrement avec les portraits de notre famille. Mes ancêtres seraient en droit de déposer contre moi, cela est incontestable; mais, croyez-moi, je vous parle dans toute la sincérité de mon cœur, si je ne parais pas mortifié, comme je devrais l’être, à la révélation de mes extravagances, la faute en est a la joie cordiale que j’éprouve à vous revoir, ê mon généreux bienfaiteur!
SIR OLIVIER
Charles, je te crois : donne-moi ta main ; le petit homme de mauvaise mine, accroché au-dessus du canapé, s’est chargé de faire ta paix.
CHARLES SURFACE
Ma gratitude envers l’original en est plus grande encore.
lady aigremont, s’avanpanf en tenant Maria par la main.
Cependant, sir Olivier, voici une personne avec laquelle Charles serait plus charmé encore de se réconcilier.
SIR OLIVIER
Oh ! j’ai entendu parler de son attachement pour elle; et avec