‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 282 sur 357 · LA JEUNE PAYSANNE · texte numérisé non relu

LA JEUNE PAYSANNE

Mêle-toi de ce qui te regarde, Nelly.

NELLY

Que dis-tu, péronnelle? En voilà une, j’espère, qui est attifée : ce sont les pauvres soldats qui devront payer toute cette parure, mademoiselle l'impudente !

DEUXIÈME PAYSAN

Nelly, si vous continuez sur ce pied-là, nous le dirons à monsieur Jauge, le collecteur de l’accise, et notre protecteur, à nous autres pauvres gens.

NELLY

Qu’est-ce que vous dites là, monsieur Grippe-sou ? Approchez, monsieur le sot qui faites le sournois : vos faits et gestes sont connus ; n’cst-ce pas vous qu’on a surpris plongeant des œufs dans de la chaux, afin de les faire passer pour frais? et n'avezvous pas été mis dans les ceps pour avoir volé dfens le pigeonnier du propriétaire voisin, de quoi faire vos pâtés aux pigeons?

DEUXIÈME PAYSANNE

C'est bien, c'est bien, nous le dirons à monsieur Jauge, et nous verrons ce qu’il vous dira.

NELLY

Ah ! vous le direz à monsieur Jauge? Vous avez là un joli protecteur, ma foi! il déshonore l’écritoire de sa majesté; pendant qu'il fait une saisie d'une main, de l’autre il fait la contrebande. Pas plus tard que l’été dernier, il n'était qu'un avocat ruiné à Rochcstcr; il est venu ici, il a acheté sa place au prix de son vote, et maintenant il cumule les métiers de contrebandier et de fournisseur. En vérité, si j'avais la direction des affaires, je punirais sévèrement tous ces drôles qui ont la bassesse de duper nos pauvres soldats.

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