ACTE I , SCÈNE I
DEUXIÈME PAYSANNE. t ■
Si monsieur Jauge était ici, vous ne parleriez pas de ce tonlà. Le voici qui vient l le voici qui vient 1 vous allez changer de note.
NELLY
Vous croyez? Vous allez voir. Je lui dirai ma façon de penser: c’est mon habitude.
Arrive JAUGE.
TOUS
Ah ! monsieur Jauge.
JAUGE
Eh bien! qu’est-ce qu’il y a donc? Que diable! est-ce que la guerre civile est allumée parmi vous?
PREMIÈRE PAYSANNE
Monsieur Jauge, Nelly s'avise de nous réprimander parce que, dit-elle, nous dupons les soldats.
DEUXIÈME PAYSANNE
Et elle prétend que vous nous y encouragez.
JAUGE
Si je vous y encourage!... sans aucun doute, commercialement s’entend.
TOUS
Oui, oui, commercialement.
DEUXIÈME PAYSANNE
Elle vient de gronder ma fille; elle prétend que je ne l'habille si bien que pour allécher les chalands.
JAUGE
Vous en avez bien le droit. — Votre mère est une vieille femme pleine de sens. — Bien parlé, ma bonne; remplissez bien vos paniers, et que le visage de votre fille vous serve d’enseigne.
DEUXIÈME PAYSANNE
C’est aussi ce que je dis.
jauge.
Vous avez raison. Les soldais sont des chalands qui ont du goût, et les plus jolies marchandes sont celles qui feront les meilleures affaires.
tous. r
C’est vrai, c’est vrai.
JAUGE
Assurément; je ne puis souffrir ces imbéciles, ces maladroites