‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 30 sur 357 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

SIR ANTONY

Je vois devant moi un impudent faquin.

LE CAPITAINE

Un fils pénétré d'un repentir sincère. Je viens, mon père, reconnaître mon erreur, et me soumettre entièrement à vos volontés.

SIR ANTON Y

Qu’est-ce que cela veut dire?

LE CAPITAINE

J’ai fait de mûres réflexions; j’ai rappelé à ma mémoire votre bienveillance passée, vos bontés, votre indulgence pour moi.

SIR ANTONY

Eh bien! après?

LE CAPITAINE

J’ai attentivement pesé les raisons que vous avez bien voulu m'alléguer touchant le devoir, l'obéissance et l’autorité.

A la bonne heure, tu parles maintenant un langage sensé. Je n'ai de ma vie rien entendu de plus raisonnable. Que diable î à la bonne heure, j’ai retrouvé mon Jack.

LE CAPITAINE

Je serai heureux que vous daigniez me restituer ce nom.

SIR ANTONY

Eh bien donc, Jack, mon cher Jack, je vais te dire maintenant ce qu’est la demoiselle dont je t'ai parlé; sans ton emportement et ta violence, imbécile que tu es, je te l'aurais dit tout d’abord. Jack, prépare-toi à la surprise et au ravissement; — prépare-toi. Que penses-tu de miss Lydie Langueur?

LE CAPITAINE

Langueur! Quoi, la famille des Langueur, du comté de Worcester?

SIR ANTONY

Du comté de Worccstcr? non. Ne te rappelles-tu pas d’avoir vu mistriss Bévue, et sa nièce, miss Langueur, qui étaient venues faire une visite dans le pays, un peu avant ton départ pour ton régiment ?

LE CAPITAINE

Bévue! Langueur! Je ne me souviens pas d’avoir jamais entendu ces noms-là. Attendez pourtant, je pense me rappeler quelque chose comme cela. — Langueur, — Langueur, — Elle louche, n’est-cc pas? elle est petite et a les cheveux rouges?

JO

SIR ANTONÏ.

Elle, loucher? elle, des cheveux rouges? Non, de par tous les diables.

LE CAPITAINE

Il faut alors que je l'aie oublié; ce ne peut être la même personne.

SIR ANTONÏ.

Jack, Jack, que te semble d’une jeune beauté, fraîche éclose pour l’amour, et dans tout l'éclat de scs dix-sept ans ?

LE -CAPITAINE

Pour ce qui est de cela, mon père, cela m’est tout-à-fait indifférent. Si je puis vous complaire en ceci, c’est tout ce que je désire.

SIR ANTONÏ.

Oui, mais, Jack, elle vous a des yeux! quels yeux! si innocemment fripons! si modestement irrésolus! chacun do ses regards parle au coeur et allume une pensée d’amour! Et puis, Jack.ce sont scs joues! quelles joues, Jack! il faillies voirsé couvrir d'une vive rougeur sous le regard de ses yeux élôqucns! Et puis, Jack, ses lèvres! 0 Jack, des lèvres qui sourient -à leur propre discrétion ! et lorsqu’elles nes’ouvrent pas, elles font une moue si charmante! elles sont si adorables dans leur bouderie ! Et puis, Jack, sa gorge! 0 Jack! Jack!

LE CAPITAINE

Et laquelle me destinez-vous, mon père, la nièce ou la tante ?

SIR ANTONÏ.

Va-t’en, créature insensible et sans cœur, je te méprise. Quand j’avais ton âge, une description comme cela m’aurait fait voler en l'air comm&une fusée! La tante, vraiment? Mort de ma vie ! à l'époque où j’enlevai ta mère, je n’aurais rien voulu toucher de vieux ou de laid pour un empire.

LE CAPITAINE

Pas même pour complaire à votre père, mon père?

SIR ANTONÏ.

Pour complaire à mon père! diantre! — Pour complaire — à mon père ! — oui, oui, certainement; si mon père avait manifesté le désir — c’aurait été différent. — Et cependant, il était fort loin d’être aussi indulgent que je le suis, Jack.

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