‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 31 sur 357 · ACTE III, SCÈNE I. il · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. il

SIR ANTONY

Mais, là, sérieusement, Jack, tu n’es pas fâché, n’est-ce pas, que ta future soit si belle?

LE CAPITAINE

Mon père, je vous le répète, vous complaire en ceci est tout ce que je désire. Non que je pense que la beauté dépare une femme; mais veuillez vous rappeler, mon père, que tantôt vous avez parlé d’une bosse ou deux, d'un oeil unique, et de quelques autres perfections de la même force; — or, je vous avouerai que sans être par trop difficile, je préfère une femme qui ait tous ses membres, et dont le dos soit dans les proportions requises; en outre, bien qu’il puisse être fort agréable de n’avoir qu’un œil, cependant, comme jusqu’à ce jour la mode a été d’en avoir deux, je ne voudrais pas me singulariser sur cet article.

SIR ANTON Y

Quelle âme sotte et flegmatique ! En vérité, tu es un anachorète, un bloc vil et insensible! Toi, militaire! tu n’es sous l’uniforme qu’un soliveau ambulant! Mort de ma vie ! je ne sais qui me tient que je n’épouse moi-même la jeune personne!

LE CAPITAINE

Je suis entièrement à votre disposition, mon père ; dans le cas où vous vous proposeriez d’offrir vous-même votre main à miss Langueur, je pense que votre intention serait de me faire épouser la tante ; dans le cas où vous changeriez d'idée et prendriez la vieille dame, je suis prêt à épouser la nièce.

SIR ANTONY

Sur ma parole, Jack, de deux choses l’une, ou tu es un bien grand hypocrite , ou — mais non , je sais que ton indifférence en pareille matière n’est qu’un mensonge, — j’en suis sûr. — Allons, ôte-moi ton masque de réserve; allons, avoue-moi, Jack, que tu viens de m’en imposer, — là, voyons, n’est-il pas vrai? Tu viens de jouer le rôle de Tartuffe, n’est-ce pas, mon enfant? 11 faut que cela soit, ou je ne te pardonnerai jamais.

LE CAPITAINE

Je suis fâché, mon père, que le respect et l’obéissance que je vous porte soient si mal interprétés.

SIR ANTONY

Va au diable avec ton respect et ton obéissance ! Mais, viens avec moi. Je vais écrire un mot à mistriss Bévue, et tu feras surle-champ ta visite à la demoiselle. Ses yeux seront pour toi la flamme de Prométhée ; — viens; je ne te pardonnerai de ma vie.

si tu ne deviens pas fou de ravissement et d’impatience ; — dans ce cas, ce sera moi oui épouserai la demoiselle.

Ils s'éloignent.

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