ACTE I, SCÈNE I
Dl'PLAGIAT.
lia! ha! ha! voilà qui est plaisant.
MORDANT
Que vous avez la maladresse de ne pouvoir même voler avec discernement ; mais que vous vous contentez de glaner le rebut d'ouvrages obscurs, où des plagiaires plus expérimentés ont pillé avant vous ; en sorte que vos ouvrages ne sont composés que des restes des autres, à peu près comme ces vins détestables que les cabaretiers composent du restant des bouteilles.
Ha ! ha 1
MORDANT
Il ajoute que dans vos ouvrages sérieux votre style ampoulé serait plus supportable, si l’idée ne contrastait étrangement avec l’expression ; en sorte que la trivialité de la pensée est rendue plus saillante encore par la pompe étrange du style, comme un jocrisse sous l’uniforme d'un ofQcier de dragons.
DUPLAGIAT.
Ha ! ha !
MORDANT
Que les figures recherchées et les fleurs de rhétorique dont vous ornez parfois la grossièreté de votre style y font le même effet que des garnitures de dentelles sur une robe de bure ; tandis que vos imitations de Shakspeare ressemblent au page de Falstaff parodiant son maître, et se rapprochent à peu près au même degré de l’original.
DUPLAGIAT.
Ha!
MORDANT
Enfin que même les plus beaux passages que vous pillez ne vous sont d’aucune utilité ; car la stérilité de votre propre fonds les empêche de s’y naturaliser; comme des tas de fumier sur un sol acide, encombrant le terrain qu’il n’est pas en leur pouvoir de fertiliser.
duplagiat, après une violente agitation.
Eh bien! un autre que moi se fâcherait de eela.
MORDANT
Je serais au désespoir d’avoir pu — Ce que je vous en ai dit n’a été que pour vous divertir.
DUPLAGIAT.
J’en suis persuadé. — Ha ! lia! ha! ha! cela m’amuse beaucoup aussi, je vous assure. — Ha ! ha ! ha ! je n’ai pas d'invon-
lion, — ha! ha! ha! pas de génie, — Ha! ha! ha! excellent,
délicieux.
MORDANT
Oui, — pas de génie. — 11a ! ha ! ha !
DESLOGES
Voilà un drôle bien difficile! — Ha! ha! ha ! vous avez bien raison, monsieur Duplagiat, de ne point lire ces sottises-là.
DUPLAGIAT.
Certainement! à quoi bon les lire? Si ce sont des éloges, il faut être bien ridicule et bien vain pour s’en réjouir ; si ce sont des injures, parbleu, on est toujours sûr de rencontrer sur sou chemin un ami officieux pour vous les redire.
Entre UN DOMESTIQUE.
LE DOMESTIQUE
Monsieur, il y a en bas un Italien, un interprète français, trois dames et une douzaine de musiciens, qui viennent, disentils, de la part de lady Rondeau et de mistriss Saugrenue.
m DESLOGES.
Diantre! je leur ai donné rendez-vous pour cette heure-ci. Ma chcre madame Desloges , allez leur dire que je suis à eux dans l'instant.
Mme DESLOGES.
Vous savez, monsieur Desloges, que je ne comprendrai pas un mot de ce qu’ils vont me dire.
DESLOGES
Vous venez d’entendre qu’ils ont avec eux un interprète.
Mm« DESLOGES.
Allons; je vais essayer de leur tenir compagnie jusqu’à ce que vous veniez.
Elle torl.
LE DOMESTIQUE
Monsieur Pouf vous fait dire que la dernière répétition de sa pièce doit avoir lieu ce matin, et qu’il se rendra chez vous dons un moment.
. desloges, d Duplagiat.
Vous avez raison. — ( Au domestique.) Cela suffît; je serai chez moi.
Le domestique sort.
desloges, continuant.
Mon cher monsieur Duplagiat, si vous désirez vous justifier par la voie des journaux , parbleu, monsieur Pouf est votrç homme.