ACTE I , SCÈNE I
DUPLAGIAT.
Bah! pourquoi, monsieur, ferais-je une réponse au libelliste? ne vous ai-je pas dit que son article m'avait beaucoup amusé ?
DESLOGES
Ah! je l’avais oublié. Mais enfin j’espère que vous n’êtes pas fâché de ce que monsieur Mordant —
DUPLAGIAT.
Bon! Monsieur Desloges, jusqu’à quand faudra-t-il vous répéter que ces choses-là ne m'atTcctent nullement?
DESLOGES
Je pensais seulement que —
DUPLAGIAT.
Et permettez-moi de vous dire, monsieur Desloges, que c’est m’offenser vivement que de s’imaginer que je suis fâché quand je vous dis que je ne le suis pas.
MORDANT
Pourquoi donc ainsi prendre feu, monsieur Duplagiat?
DUPLAGIAT.
Monsieur Mordant, vous n’êtes pas moins absurde que monsieur Desloges. Jusqu’à quand faudra-t-il donc que je vous répète que si quelque chose seulement peut me fâcher, c’est de vous voir penser que je suis capable de faire attention aux misérables sottises que vous venez de me répéter! Permettez-moi de vous dire que si vous continuez à penser ainsi, je suis en droit, messieurs, de considérer votre action comme une insulte. Dans ce cas, votre Incivilité ne produira pas plus d’effet sur moi que la critique des journalistes; et je traiterai l une et l’autre avec le même calme, la même indifférence et le même mépris philosophique ; sur ce, je suis votre serviteur.
Il tort.
MORDANT
Ha ! ha ! ha ! pauvre Duplagiat. Le voilà maintenant qui va épancher sa bile philosophique dans un libelle anonyme dirigé contre tous les auteurs et tous les critiques modernes. Mais , mon cher Desloges, il faut que vous engagiez votre ami Pouf à m’admettre à la répétition de sa tragédie.
DESLOGES
Je vous y invite d’avance. Je vous réponds qu’il en sera charmé; mais auparavant il faut que vous veniez avec moi m’éclairer de vos lumières pour juger cette famille de virtuoses que l’on me recommande. Elle m’est adressée par des personnes de haute volée, je vous jure.
MORDANT
Je suis à vous toute la matinée; mais je vous croyais un juge aussi habile en musique qu'en littérature.
DESL0C.ES.
C’est vrai ; mais je manque d’oreille. A propos , je crains, mon cher, que nous n’ayons été un peu trop sévères à l’égard de Duplagiat, quoiqu’il soit mon ami.
MORDANT
Mon cher, j’avouerai de bonne foi que d'aller sans nécessité humilier l'orgueil d'un auteur, c’est une cruauté qu’un écrivain qui n’est qu’ennuyeux et plat ne saurait mériter; mais lorsqu’un homme n'apporte dans la lice littéraire qu’une basse envie et une méchanceté personnelle, un semblable agresseur ne mérite ni pitié ni ménagement.
Parbleu, c’est vrai, quoiqu’il soit mon ami.
Il* «orient. •