‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 33 sur 357 · ACTE 111, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE

moins, je ne vous donnerais jamais un moment pénible. Je ne veux pas faire mon panégyrique; cependant je puis dire qu'il n’y a rien ni dans mon âge, ni dans ma personne, ni dans mon caractère, qui puisse inspirer de l'éloignement ; ma fortune est de nature à faire absoudre du reproche d’imprudence la personne qui me donnera sa main. O Julie! quand l'amour est ainsi sanctionné par les calculs de la prudence, les esprits timorés peuvent à bon droit suspecter son origine.

JULIE

Je ne sais où tendent vos insinuations; mais comme elles semblent avoir pour but de m'insulter, je veux vous en épargner le regret. — Je n’ai rien fait pour mériter ce traitement.

Elle sort en sanglotant.

FAULKLAND, Seul.

' Elle pleure! Arrêtez, Julie; — arrêtez, ne fût-ce qu’un moment. — La porte est fermée à clef! Julie! ma chère âme! un mot seulement ! — Je l’entends qui sanglote ! Malédiction ! Quelle brutalité à moi de la traiter ainsi 1 — 6 arrêtez! — Ah! la voilà maintenant qui vient à moi : combien peu de persévérance il y a dans la femme! comme il suffit de quelques paroles tendres pour changer leurs résolutions! (Il s’assied, et se met à fredonner un air. ) Non, parbleu; elle ne vient pas, et n’en a pas du tout l'intention, je présume 1 Ce n’est pas là de la per- • sévérance, mais de l’obstination! En tout cas, je n’ai que ce que je mérite. Comment 1 après une si longue absence chercher querelle à sa tendresse! c’est un procédé barbare et lâche! —

Je ne pourrais maintenant paraître à ses yeux sans honte! — J’attendrai que son juste ressentiment soit calmé; et alors s’il m’arrive encore de l’affliger, puissé-je la perdre pour toujours!

Il sort.

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