ACTE II, SCÈNE II
POUF
C'est cela même. Poursuivez, s’il vous plaît, mademoiselle.
T1LBURINE.
Je vois les Espagnols s’approcher du rivage.
Je vois se préparer un combat général.
Ils se forment en ligne : on donne le signal.
D’un cible tout au plus la longueur nous sépare ;
Les canons sont chargés ; & vaincre gn se prépare. J’entends déjà mugir les bronzes destructeurs,
Et les cris des mourans et les cris des vainqueurs Oui , je vois la fumée ét la mer rougissante.
Et dans l’air ébranlé la voile au loin flottante ;
Je vois, je vois, je vois —
LE GOUVERNEUR
Eb I que peux-tu donc voir ? C’est l’effet de ton trouble et de ton désespoir.
J’ai beau frotter mes yeux , si je n’ai la berlue,
A l’horizon encor rien ne s’offre à ma vue.
DESLOGES
Parbleu ! il parait que le gouverneur ne veut faire aucune concession en faveur de la figure poétique dont vous nous parliez tout-à-l’heure.
POUF
Non, c’est un homme tout rond et qui n’entend pas finesse. C’est le caractère que je lui donne.
TILBURINE.
$ais refuserez-vous de couronner ses vœux?
LE GOUVERNEUR
Il le faut. Je le puis; je le dois; je le veux.
TILBÜRIKE.
Songez au noble prix qu’il met à sa demande.
• LE GOUVERNEUR
Je ne veux rien entendre. 11 suffit; je commande.
TILBURINE.
Il ne demande rien , rien que sa liberté.
MORDANT
Qui, il ? De qui parle-t-elle, monsieur Pouf?
POUF
Ma foi, je n'en sais rien moi-méme ; ils ont fait tant de coupures, que je ne m’y reconnais plus.
TILBURI.NE.
Vous verrez, monsieur, que tout se lie parfaitement bien.
Un jour d’amples bienfaits patront votre bonté.
POUF
Oh ! sans ces maudites coupures, vous auriei vu que don Wis kérandos a fait des offres pour sa liberté, et a chargé Tilburine d'en faire la proposition à son père. Et maintenant, messieurs, remarquez bien la concision du dialogue. Parbleu! le pour et le contre s’y croisent avec la rapidité de l’escrime. Et, en effet, c'est une espèce d'escrime logique que nous avons empruntée des Français.
TILBURINE.
Un asile en Espagne.
LE GOUVERNEUR
A Londres une potence.
TILBURINE.
Mes larmes!
LE GOUVERNEUR
Mes sermens.
TILBURINE.
L’amour !
LE GOUVERNEUR
La conscience.
TILBURINE.
Tilburine.
LE GOUVERNEUR
Albion.
TILBURINE.
La fortune.
LE GOUVERNEUR
L’honneur.
TILBURINE. w
Mille livres sterling.
LE GOUVERNEUR
Ce mot va droit au cœur!
POUF
Vous voyez, c’est bien là de l’escrime, si jamais il en fut. Elfe veut le frapper avec l’amour; il pare le coup avec sa conscience. Elle lui porte alors Tilburine en tierce; parée en quarte par Albion; elle lui porte une autre botte avec la fortune, il parc avec l’honneur. C’est alors que faisant un dernier effort, elle lui porte une botte désespérée de mille livres sterling, qui le perce de part en part.
TILBURINE.
Mon père, inexorable à l’amant que j’adore,
Pourra-t-il repousser sa fille qui l’implore ?
LE GOUVERNEUR^... l« -J
Ma fille , je suis père, et je puis m’attendrir