‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 35 sur 357 · ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE

Justement; la voici.

le capitaine, à part.

C'est bien cela! La petite traîtresse do Lucie!

mistriss bévue , lui remettant la lettre.

Tenez ; peut-être reconnaîtrez-vous l’écriture.

LE CAPITAINE

Il me semble avoir déjà vu cette écrilure-là; — oui, assurément, j’ai déjà vu cette écriture.

Voyons, lisez-la , capitaine.

le capitaine, lisant.

u Idole de mon âme, mon adorable! Lydie! » — C’est trèstendre, ma foi!

HIST4USS BÉVUE.

Tendre! sur ma conscience, cela va jusqu’au profane!

LE CAPITAINE

« La nouvelle que vous m annoncez m’a excessivement alar- » iné, d’autant plus que mon nouveau rival —

C’est vous, monsieur.

LE CAPITAINE, x

« Passe généralement pour un cavalier accompli , et pour un homme d’honneur. » Allons, cela n’est pas mal.

. Le drôle a ses vues pour écrire cela.

LE CAPITAINE

Je vous en réponds, madame.

Mais, continuez; vous allez voir tout-à-I’heure.

LE CAPITAINE

« Quant au vieux dragon femelle qui vous garde » — Que veut-il désigner par làî

•* mistriss bévue;

Moi, monsieur, moi, — c’est de moi qu’il veut parler; — qu'en dites-vous, maintenant? — mais poursuivez votre lecture.

LE CAPITAINE

L’impudent coquin 1 — « J’y perdrai mes peines, ou j’éluderai » sa vigilance. D'après ce qu’on m’a dit, cette même vanité ri- » dicule qui lui fait donner à ses traits vulgaires le relief de la

» parure, et assaisonner son ennuyeux bavardage de grands mots » qu’elle ne comprend pas — »

Vous le voyez, monsieur; il s’attaque à mon langage! Que vous en semble? ridiculiser ma manière de parler ! A-t-on rien vu de plus brutal? Assurément, si je me pique de quelque chose dans ce inonde, c’est de la pureté avec laquelle je parle ma langue simpiternelle', et du délicat dérangement^ de mes circonlocutions3.

LE CAPITAINE

11 mérite d’être pendu cl écartelé! Continuons : — « Cette » même vanité ridicule - »

Il est inutile de répéter, monsieur.

LE CAPITAINE

Je vous demande pardon, madame, — « La rend pareillement » accessible aux plus grossières déceptions de la flatterie et d’une » admiration feinte» — L’impudent drôle! — «Aussi je mepro- » pose de vous voir bientôt du consentement de la vieille sor- » cière, et je ferai même en sorte qu'elle nous serve de chaperon » dans nos rendez-vous.» Vit-on jamais pareille effronterie!

Avez-vous jamais rien vu de comparable à cela ? ( Ils se lèvent.) Éluder ma vigilance , lui! — oui , nous verrons. — Ha ! ha ! il prétend avoir ses entrées chez moi ; comme cela est probable ! — Nous verrons de nous deux qui conduira le mieux son jeu!

LE CAPITAINE

Nous verrons, madame, — oui, nous verrons. — Ha ! ha! ha ! un fat, un freluquet! hal ha! ha! — Dites donc, mistriss Bévue, comme la jeune fille parait amourachée de ce drôle, si vous m’en croyez, nous la laisserons correspondre avec lui pendant quelque temps ; nous lui laisserons même comploter avec lui un enlèvement; vous ferez semblant d’y prêter les mains, — pendant que moi, à point nommé, je prendrai mon drôle au piège et me substituerai à lui pour enlever la belle.

le suis enchantée de ce plan; il ne se peut rien voir de mieux déconcerté 4.

LE CAPITAINE

Mais, dites-moi, ne pourrais-je en ce moment voir la jeune per-

1 Maternelle, — . * Arrangement. — 1 Locutions* — 4 Concerté.

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