SCÈNE I
L'appartement de Delicre.
DELACRE et DAVID.
DAVID
Par la sainte messe, monsieur, si j’étais à votre place, je n'en ferais rien; tous les sir Lucius Tête-Chaude du monde ne m’obligeraient pas à me battre, si je n’en avais pas envie. Morbleu que dira notre vieille maîtresse quand elle saura cela?
. DELACRE.
Mais mon honneur, David, mon honneur! je dois prendre soin de mon honneur.
CtO
DAVID
Oui, par la sainte messe, à votre place j’en prendrais le plus grand soin, et je pense qu'en retour c'est bien le moins que mou honneur prenne un peu soin de moi.
. DELACRK.
Larmes de Dieu! David, jamais un homme bien né ne voudra s'exposer à perdre son honneur.
DAVID
En ce cas, je dis qu’il serait bienséant à l'honneur de ne pas risquer la perte d'un homme bien né. — Tenez, mon maître, cet honneur-là me semble un ami fort déloyal, un serviteur qui tient singulièrement du courtisan. Exemple : Je suis un homme bien né, et c'est, grâces au ciel, ce que personne ne peut dire de moi ; fort bien, mon honneur me fait chercher querelle à un autre homme bien né de ma connaissance, si bien que — nous nous battons, ce qui ne laisse pas que d'être fort agréable. Pan, je le tue, — tant mieux pour moi. Or, je vous prie, dites-moi à qui cela profite ; parbleu ! à mon honneur. Oui, mais supposons que ce soit lui qui me tue! Par la sainte messe! je deviens la pâture des vers, et le susdit honneur passe à mon adversaire.
DELACRE.
Tu te trompes, David 1 — Couronnes et lauriers de Dieu ! ton honneur te suit dans la tombe !
DAVID
Ma foi, c'est un endroit où je pourrais parfaitement m'en . passer.
DELACRE.
Diantre! David, tu es un poltron! — ma valeur ne permet pas que je t’écoute. — Quoi donc! — Irais-je faire honte à mes ancêtres? Songe à cela, David; songe quelle indignité ce serait à moi que de faire honte à mes ancêtres.
DAVID
Avec votre permission, le moyen le plus sur de ne pas leur faire honte est de vous tenir le plus long-temps possible hors de leur compagnie. Pourquoi vous presser d’aller les joindre, avec une once de plomb dans la tête? — Je pense que vous pourriez fort bien vous en dispenser. Nos ancêtres sont d’excellentes gens ; mais pour ce qui est de leur faire visite, c'est une cérémonie dont je prétends m’acquitter le plus tard possible.
DEtACRE.
Mais, David, franchement, crois-tu que le danger soit telle—