I.a jeunesse est l'âge
L'Âge du plaisir.
IJein? mort de ma vie! je me sens tellement bien disposé, que je ne sais pas ce dont je ne serais pas capable. — (Il présente sa main à mistriss Bévue.) Permettez, madame. (Il fredonne.) Tra, la, la, la, la. — Morbleu, je ne serais pas fâché d'avoir moi-môme l'occasion de batifoler un peu. Tra, la, la, la, la.
U sort en cluniaul et en donn.nl la main à mistriss Bévue. Lydie reste assise sombre et silencieuse.
le capitaine , à part .
Cet air pensif ne me présage rien de bon. — (Haut.) Vous êtes bien sérieuse, Lydie!
LYDIE
Monsieur?
le capitaine , à part.
Diantre! je m’y attendais. Ces deux syllabes maudites m’ont glacé l’âme. — (Haut.) Qu’avez-vous donc, Lydie, jnaintenant que le consentement de nos deux familles sanctionne noyje mutuelle tendresse-?
lydie , avec humeur.
Familles ! consentement! il s’agit bien de cela!
LE CAPITAINE
Allons, allons, il nous faut mettre de côté une partie de notre roman; tout considéré, un peu de richesses et de bien-être sont choses qu’on peut supporter. Et pour ce qui est de votre fortune, le notaire rédigera le contrat de manière —
LYDIE
Le notaire ! je hais les notaires !
* LE CAPITAINE
Eh bien! nous n’attendrons pas l’accomplissement de ces lentes formalités ; nous vous procurerons dnc dispense, et —
LYDIE
Une dispense! je hais les dispenses!
le capitaine, se mettant à ses genoux.
O mon amour! ne sois pas aussi cruelle, — accorde à mes prières —
LYDIE
Fi donc ! que sert de vous agenouiller, quand vous savez que bon gré mal gré je dois être à vous?
. ACTE IV, SCÈNE li.
le capitaine , se relevant.
Eh bien! mademoiselle, on ne forcera point vos inclinations, je vous le promets. Si j’ai perdu votre cœur, je résigne le reste. — (A part.) Morbleu ! il faut que j’essaye ce que pourra faire un peu de vigueur. . •
Lydie , se levant.
En ce cas, monsieur, permettez-moi de vous dire que l’intérêt que vous aviez su m’inspirer n’était dû qu’à un vil et lâche mensonge, et mérite le châtiment réservé à l’imposture.— Ainsi donc, vous m’avez traitée comme un enfant, — vous prêtant à mes idées romanesques ; et riant sous cape, sans tloute, d’avoir si bien réussi.
LE CAPITAINE
Vous me calomniez, Lydie, vous me calomniez; — veuillez m’enjendre.
LYDIE
Ainsi, lorsque je m’imaginais bonnement que nous trompions ma famille, lorsque je me flattais de l’espoir de les duper tous .et de leur faire jeter feu et flamme, voila que mes espérances sont brisées tout-à-coup par le consentement et l’approbation de ma tante, — et la seule dupe, après tout, c’est moi! — ( Elle se promène à grands pas et en donnant tous les signes d'une violente colère.) — Tenez, monsieur, voici le portrait, — le portrait de Béverley ! ( Elle tire de son sein une miniature ) Je le portais sur moi nuit et jour, en dépit des menaces et des supplications! — {Elle le lui jette.) Tenez, monsieur, — et croyez que je rejette de mon cœur l’original avec la même facilité.
LE CAPITAINE
Eh bien ! ch bien ! mademoiselle, nous ne nous devrons rien sous ce rapport. — ( Il tire un portrait de sa poche. ) Tenez, voici miss Lydie Langueur : quelle différence entre ce portrait et vous! — oui, voici le céleste sourire de sympathie qui pour la première fois vint encourager mes espérances! — voici les lèvres qui ont scellé un serment inscrit en caractères humides encore sur les tablettes du dieu d’amour ! — et voici la rougeur légèrement mêlée de ressentiment qui cherchait à réprimer l’ardeur de ma reconnaissance. N’importe, tout cela est passé; oui, passé sans retour ! Tenez, mademoiselle : en beauté, ce portrait ne vous égale pas ; mais , à mon sens , il l’emporte tellement sur l'original , en ce sens qu’il est resté le même , — que — je le remets dans ma poche.
Il remet le portrait liant sa poche
LYDIE, s'adoucissant.
Il ne faut tous en prendre qu’à vous-même, monsieur. — Je, je, je suppose que vous êtes on ne peut plus satisfait.
LE CAPITAINE
Obi très-certainement; sans nul doute, cela vaut beaucoup mieux que d’être amoureux! Ha! ha! ha! — Au moins, c’est faire preuve de résolution! Qu’importe que quelques vingtaines de promesses solennelles soient violées? cela n’est d’aucune importance, vous le savez. Il est vrai qu’on dira que la jeune personne ne savait ce qu’elle voulait; — mais cela ne fait rien. Il est même des mauvaises langues qui ne manqueront pas de donner à entendre que le cavalier était fatigué de la demoiselle , et qu'il l'a plantée là ; — mais cela ne doit pas vous inquiéter.
LYDIE
Il n’y a pas moyen de supporter un tel excès d’insolence!
Elle Tond en larïftcs.
Entrent SIR ÀNTOiNY et MISTRISS BÉVUE.
Allons, il vous fout un moment interrompre votre caquetage et vos roucoulcmens.
1 ltdie, sanglotant.
Voilà qui est pire encore que votre trahison et votre imposture, mortel ingrat et vil!
sir antoxy. *
Que diable y a-t-il donc, maintenant? Morbleu! mislriss Bévue, voilà une manière de roucouler tout-à-fait bizarre. Que diantre est-ce que cela signifie? Je ne reviens pas de mon étonnement.
LE CAPITAINE
Demandez à mademoiselle, mon père.
Oh! miséricorde! pour ma part, je suis tout-à-fait analysée1. ‘ Eh bien ! Lydie, quelle est la raison de tout ceci ?
* ’ LYDIE
Demandez à monsieur, madame.
SIR ANTOXY.
Par la sangbleu! je vais entrer dans une fureur de tous les diables. Jack, tu ne te serais pas par hasard transformé en un nouveau personnage, hein ?
» ParalyWc. r r»