‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 54 sur 357 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

LE CAPITAINE

Tenez, sir Lucius, si je ne vous connaissais déjà pour un galant homme, sur mon àme, je ne m’en apercevrais pas en ce moment; car je ne sais vraiment où vous voulez en venir, à moins que ce ne soit à me chercher querelle.

sir Lucius, s'inclinant.

Je vous suis obligé, monsieur, de votre promptitude à saisir les choses, — vous venez de nommer précisément l’objet que j'ai en vue.

LE CAPITAINE

Fort bien, monsieur ! — Je ne contrarierai certainement pas votre inclination ; — mais je serais charmé que vous voulussiez bien m’expliquer vos motifs.

SIR LUCIUS

Soyez sans inquiétude, monsieur, je vous prie,— notre querelle, en l’état où elle se trouve,— est une fort jolie querelle;— nous r.e ferions que la gà ter en essayant de l’expliquer. Quoi qu’il en soi t, vous avez la mémoire courte, — sans quoi, vous n’auriez pas dû oublier un affront que vous m’avez fait la semaine dernière. Ainsi, n’en parlons plus; mais nommez l’heure et le lieu qui vous conviennent.

LE CAPITAINE

Eh bien , monsieur, puisque c’est de votre part une chose résolue, le plus tôt sera le mieux; ce sera ce soir, — ici, auprès de Spring-Gardens. Nous n’avons pas à craindre qu’on vienne nous y interrompre.

SIR LUCIUS

Ces interruptions-là, dans des affaires de cette nature, indiquent un manque total desavoir-vivre; en Angleterre, je ne sais pourquoi, s’il arrive qu’une affaire de ce genre soit éventée, on fait là-dessus un tel fracas, qu’un galant homme ne peut se battre en paix et en tranquillité. Cependant, si cela vous est égal, capitaine, vous m’obligerez beaucoup de consentir à ce que nous nous mesurions dans le Pré-Royal; une petite affaire m'appelle en ce lieu à six heures, et je pourrais expédier les deux choses à La fois.

LE CAPITAINE

La chose m’est parfaitement égale. Ainsi, à six heures et quelques minutes, nous discuterons cette affaire plus sérieusement.

SIR LUCIUS

S’il vous plaît, monsieur; il fera tout juste assez jour pour se

battre à l’épée, mais pas assez pour tirer le pistolet à longue portée. Ainsi, c’est une chose réglée, et j’ai l’esprit en repos.

Sir Lucius s’éloigne.

Au moment où le Capitaine va partir, arrive FAULKLAND

LE CAPITAINE

Je te rencontre à propos; j’allais te chercher. Ah! Faulkland! tous les démons de la haine et du désespoir ont conspiré contre moi! je suis contrarié à tel point que si je n’avais pour ressource la perspective de recevoir bientôt une balle dans la tête, j’aurais à peine la force de t'en dire le motif.

FAULKLAND.

Que veux-tu dire? Les sentimens de Lydie seraient-ils changés? Je croyais que l’inclination, non moins que le devoir, l’attachait à toi.

LE CAPITAINE

Oui, mais cher elle l'inclination et le devoir ne sont pas toujours d'accord : quand j’étais l'objet de l’un, l'autre prenait une direction différente!

FAULKLAND.

Mais cette ressource dont tu me parlais tout-à-l’heure —

LE CAPITAINE

Voici en deux mots de quoi il s’agit. Un Irlandais serviable (il imite le ton et la manière de sir Lucius) m’a olTert le plus obligeamment du monde de me couper la gorge, — et mon intention est de lui donner ce plaisir, — voilà tout !

FAULKLAND.

Parle sérieusement, je te prie.

• LE CAPITAINE

Rien de plus vrai, sur ma parole. — Sir Lucius Tête-Chaude. — tu dois le connattre de vue, — pour venger je ne sais quel affront, qui, de ma part, fut assurément involontaire, m'a donné rendez-vous pour nous battre, ce soir, à six heures : c’est pour cela que je désirais te voir : il faut que tu m’accompagnes.

Assurément il doit y avoir là quelque méprise. Je ferai expliquer sir Lucius, — et sans doute l’affaire s'arrangera. C’est pour ce soir, dis-tu ? J’aurais préféré tout autre moment.

LE CAPITAINE

Nous y verrons encore assez clair : comme dit sir Lucius, «II fera tout juste assez jour pour se battre à l’épée, mais pas assez

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