ACTE IV, SCÈNE III
pour tirer le pistolet à longue portée. » Que la peste le confonde avec sa longue portée.
FAULKLAND.
Je suis moi-même très-mal disposé par suite d'une querelle que j'ai eue avec Julie. — Grâce à mon détestable caractère, je l'ai traitée avec tant de cruauté, que jusqu’à ce que nous soyons réconciliés je ne serai capable de rien.
LE CAPITAINE
Far le ciel! Faulkland, tu ne la mérites pas.
Arrive UN DOMESTIQUE, qui remet une lettre à Faulkland et s’éloigne.
FAULKLAND.
Oh ! Jack, cette lettre est de Julie: — je tremble de l’ouvrir; je crains qu’elle ne contienne son dernier adieu; — qui sait? peut-être l'ordre de lui renvoyer ses lettres, — et de lui rendre, — Oh ! combien je paye cher ma folie !
LE CAPITAINE
Voyons! {Il prend la lettre et l'ouvre.) Ah ! effectivement, c’est une sentence définitive ! — c’en est fait de ton amour!
De grâce, Jack, — ne me tiens pas en suspens.
LE CAPITAINE
Écoute donc. — (Il lit.) «Convaincue que les réflexions de » mon cher Faulkland lui ont déjà reproché ses paroles désobli- » géantes, je ne reviendrai pas sur ce sujet. Je désire vous par- » 1er aussitôt que possible. A vous de cœur, et à toujours ! » Julie. » — En voilà, j'espère, de l’obstination et de la rancune! {Il lui rend la lettre.) Comment donc, mon cher! tu n'en parais pas réjoui le moins du monde.
FAULKLAND.
Oh ! oui, je suis — mais — mais —
le capitaine.
Au diable tes mais! — Quand il t’arrive des aubaines qui combleraient de joie un autre homme, tu ne manques jamais de les gâterpar un mais.
FAULKLAND.
Écoute, Jack, toi qui es mon ami, avoue-le-moi franchement, ne trouves-tu pas quelque chose de bien prompt, — quelque chose de peu délicat dans cet empressement à pardonner? Les femmes ne doivent jamais implorer une réconciliation; cela doit toujours venir de nous ; elles sont tenues de garder leur froideur, jusqu'à ce que nos protestations de tendresse les aient dés-
armées, — et leur pardon comme leur amour ne doit pas s’offrir de lui-même.
Ton langage me fait perdre patience : tu es incorrigible! — N’en parlons plus : j’ai quelques arrangemens à prendre. — Souviens-toi de venir me trouver à mon logement à si* heures. A un pauvre diable comme moi, qui, près d’atteindre son but, après de longs efforts, se voit tromper dans son attente par la folie d’autrui, — à celui-là peut-être un peu de mauvaise humeur est permis; mais un sceptique, un cerveau rempli de billevesées et de caprices, — qui se crée à plaisir des obstacles, — celui-là est un objet de ridicule plus que de compassion.
Il s'éloigne.
FACLKLAND, ttul.
Je sens la justesse de ses reproches. — Toutefois je n’échangerais pas cette excessive et exquise susceptibilité contre le grossier contentement avec lequel il foule aux pieds les épines de l'amour. Le duel dont il m’a parlé me suggère une idée que je vais mettre sur-le-champ à exécution. Je m’en servirai comme de pierre de touche pour mettre à l’épreuve la sincérité et le désintéressement de Julie. — Si je reconnais dans son amour un or pur et de bon aloi, j’y imprimerai mon nom avec honneur, — et une fois qu’il y aura mis son empreinte, je bannirai mes doutes pour toujours ; mais si le plomb vil de l’égoïsme, l’alliage de l’orgueil y prédominent, je ferai bien de l'abandonner comme un objet frivole aux cœurs assez insensés pour soupirer pour elle.
Il s’éloigne.