ACTE V, SCÈNE I. TO
0 Faulklandt combien de niomcns douloureux, combien de larmes tu me coûtes !
St
Erilre FAULKLAND.
julie , continuant. , ,
Que signifie ceci? Pourquoi ces précautions, Faulkland?
FAULKLAND. ; -,
Hélasî Julie, je viens vous dire un long adieu.
, JULIE. „m
Ciel ! que voulez-vous dire ?
FAULKLAND.
Vous voyez devant vous un malheureux dont la vie est condamnée:— Ne vous alarmez pas ; mon infortuné caractère m’a seul attiré tous ces malheurs : je vous avais quittée plein d'agitation et de colère; — un fâcheux hasard m’a jeté dans une querelle — dont le résultat m’oblige à quitter le royaume à l’instant même I — O Julie! si j’avais eu le bonheur de vous voir m'appartenir entièrement avant que ce malheur m'arrivât, j’envisagerais mon bannissement avec moins de terreur.
Mon âme est accablée de douleur en voyant la nature de votre infortune : si ces pénibles circonstances procédaient d’une cause moins fatale, je me consolerais dans la pensée qu’elles m'offrent une occasion de bannir de votre cœur jusqu’à l’ombre d'un doute sur la chaleureuse sincérité de mon amour. Depuis long-temps mon cœur n'a connu d’autre tuteur que vous ; maintenant je place ma personne sous la sauve-garde de votre honneur; — nous fuirons ensemble : quand vous serez à l’abri de toute poursuite, la volonté dernière de mon père pourra s'accomplir, et je pourrai recevoir le droit légal de partager vos douleurs, et de les adoucir par ma tendresse.
FAULKI.AND.
O Julie! toute ma gratitude est impuissante à vous payer de retour! — Ne souhaitez-vous pas qu'il vous soit accordé quelques heures pour peser les avantages auxquels vous renoncez, et la faible compensation que peut vous offrir Faulkland, seul avec son amour?
JULIE
Je ne demande pas un moment. — Non, Faulkland, je vous ai aimé pour vous-même ; et si maintenant, plus que jamais, je m’applaudis de l'engagement solennel qui nous a liés si longtemps l'un à l’autre, c’est parce qu'il été tout prétexte à la
médisance, et met le sceau du devoir à un acte d'amour. Mais ne perdons pas de temps ; — qui sait si ce délai —
* FAULKLAXD.
Il sera plus prudent de ne pas me hasarder à sortir avant la nuit : cependant je ne puis penser sans gémir aux afflictions innombrables dont votre faiblesse devra porter le poids !
Peut-être cet acte malheureux entraînera-t-il la perte de votre fortune! Je l'ignore ; mais cette circonstance seule ne saurait vous rendre malheureux. — Le peu que j'ai sera suffisant pour nous faire vivre, et le luxe ne sied pas à l’exil.
fXulklaxd.
Oui; mais dans une existence aussi abjecte, mon orgueil blessé ajoutera peut-être à l'humeur naturellement chagrine de mon caractère, ou point de rendre ma société grossière, morose, et insupportable à toute votre patience.
JULIE
Si un changement aussi affligeant vient à se manifester en vous, il n'en sera que plus nécessaire que vous ayez auprès de vous quelque âme bienveillante et affectueuse qui veille sur vous et vous console; qui, supportant vos inQrmités avec douceur et résignation, vous enseigne par son exemple à supporter les maux de votre condition.
FACLELAXD.
Julie, je vous ai éprouvée jusqu’au vif; ce stratagème inutile sera le dernier; c’en est fait, je me dépouille à jamais de tous me* doutes. Que vous dirai-je pour obtenir que vous me pardonniez cette dernière et indigne manifestation de mon caractère inquiet et mécontent?
JULIE
Ainsi il n'y avait rien de vrai dans le malheur que vous disiez
vous être arrivé ?
ÇAULKLÀND.
J'avoue à ma honte que ce n'était qu'une feinte. Permettez que demain, à la face du ciel, je reçoive le guide et le moniteur de ma vie, et que j’expie ma folie passée par de longues années de la plus tendre adoration.
Un moment, Faulkland ! Le ciel m’est témoin de la joie sincère que j'éprouve en yous voyant innocent d'un crime que tout-à- I heure ma bouche n'osait nommer 1 J’en verse des larmes de reconnaissance! Mais que vos doutes cruels vous aient poussé à un
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