‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 57 sur 357 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

mensonge qui m'a déchiré le cœur, cette pensée me cause une douleur plus poignante que je ne saurais l'exprimer !

FAULKLAND.

Juste ciel ! Julie, —

JULIE

Veuillez m’écouter. — Mon père vous aimait, Faulkland! Et vous avez sauvé la vie que ce tendre père m’avait donnée! En sa présence, je pris avec joie l’engagement de donner ma main a l'homme à qui j’avais déjà donné mon cœur. Bientôt après, devenue orpheline, il me sembla que la Providence m’avait, dans Faulkland, désigné celui auquel je devais, à l’instant même, transporter mon heureuse obéissance aussi bien que mon affection : voilà pourquoi j'ai consenti à supporter de votre part ce que l’orgueil et la délicatesse ne m’auraient pas permis de souffrir de la part de tout autre que vous. Je ne veux pas vous rappeler combien de fois vous vous êtes joué de ma sincérité.

FAULKLAND.

Je confesse tous mes torts! mais veuillez entendre —

* JULIE

Après tout ce que j’ai souffert depuis un an, je pouvais espérer qu’on ne m’insulterait pas, en mettant ma sincérité à une nouvelle épreuve aussi cruelle qu’inutile! Je vois maintenant qu’il n’est pas dans votre nature de trouver dans l’amour le contentement et la confiance. Pénétrée de cette conviction, je ne serai jamais à vous.

Julie, je vous le jure sur mon âme et sur l'honneur! — si, $ l’avenir, —

JULIE

Un mot encore, et j'ai fini. Je vous avais donné ma foi; je ne ]a donnerai jamais à un autre. J’adresserai au ciel les vœux 1($ plus sincères pour votre bonheur ; et le plus grand bienfait que je puisse lui demander pour vous, ce sera de vous guérir de ce funeste défaut qui seul a empêché l'accomplissement de notre engagement solennel. Tout ce que je vous demande, c’est que vous vouliez bien réfléchir sur cette faiblesse et quand vous aurez récapitulé toutes les vraies délices dont elle vous a privé, que ce ne soit pas le moindre de vos regrets, d.c songer quelle vous a fait perdre l'amour d’une femme prête à vous suivre partout, et à s’associer même à votre indigence.

* - . Elle sort.

FAULKLAND, Seul.

Elle est partie! — partie pour toujours! II y avait dans ses

traits et dans sa voix une effrayante résolution qui me retenait immobile et dans la stupeur. O insensé ! — stupide et barbare que je suis! avec mon organisation maudite, chargé de plus d'imperfections qu’aucun de mqs compagnons de misère ici-bas, la fortune dans sa bonté m’avait envoyé du ciel un ange tutélaire, et moi, misérable, je l’ai chassé ! — 1| faut maiutenaut que j’aille à mon rendez-vous. Allons, je suis tout préparé à on drame de ce genre! Tout mon désir sera d’y jouer un rôle princicipal, et d’y trouver un résultat contraire à celui que ma détestable folie m’avait fait imaginer tout-è-l’heure. Oh! Amour, qui te plais à nous torturer! oh! démon, dont l'influence pareille à celle de la lune, quand elle agit sur des esprits bornés, en fait des idiots; mais qui, s’exerçant sur de plus nobles âmes, les

égare, et pousse leur sensibilité jusqu’à la démence!

> Il tort.

Entrent LYDIE et LA FEMME DE CHAMBRE de Julie.

LA FEMME DE CHAMBRE

Je vous assure, mademoiselle, que ma maîtresse était ici lout-à-lheure ; peut-être est-elle passée dans la pièce voisine.

Elle sort.

Lydie, teule.

Hélas! malgré la manière dont il m’a traitée, ce jeune bommclà occupe singulièrement mon esprit. Je crois qu’une leçon de ma grave cousine m’engagera à le rappeler.

Entre JULIE. , ,

Lydie, continuant.

O Julie ! je viens te voir! J’ai si grand besoin de consolation — O ciel! mon enfant, qu’as-tu donc? tu as pleuré! — Je suis sûre que c’est encore ce Fautkland qui t’a cause du chagrin.

jolie. *

* Tu te méprends sur la cause de ma tristesse; j’ai été un peu contrariée ; ce n’est rien que tu puisses deviner.

LYDIE

Ah! quels que soient tes motifs de mécontentement, je puis t'assurer que les miens les surpassent. Tu sais qui est Déverley î

Je t’avouerai maintenant, Lydie, que monsieur Faulkland m'avait déjà mise au courant de toute cette affaire. Si le jeune Absolu avait été l’homme que tu croyais, je n'aurais pas reçu ta

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