‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 58 sur 357 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

confidence sur ce sujet sans chercher sérieusement à combattre ,ta fantaisie.

LYDIE

Ainsi, je vois que j’ai été trompée par tout le monde ! Mais cela m'est égal, je ne serai jamais sa femme.

JULIE

Écoute, Lydie.

LYDIE

N’est-ce pas tout-à-fait contra riant T au moment où je croyais que nous touchions à la plus charmante détresse qu’on puisse imaginer, me voir vendre et livrer comme une marchandise? — Et moi qui avais projeté le plus sentimental des enlèvemcns! un déguisement qui m’allait si bien ! une échelle de corde si avenante 1 La lune complice de ma fuite, une chaise à quatre chevaux, — la bénédiction du ministre écossais 1 , — la mirobolante surprise demistriss Bévue! De jolis paragraphes dans les journaux! — Oh! je mourrai de désappointement!

JULIE

Je ne m’en étonnerais pas.

LYDIE

Voyons maintenant le revers de la médaille ! — Quelle perspective me reste? après beaucoup de préparatifs insipides, munie de la dispense d’un évêque, et de la bénédiction dematante, j’irai, avec un niais sourire, me présenter à l’autel; j’entendrai par trois fois proclamer mon nom dans une église de village, et un clerc insolent demander le consentement de tous les bouchers de la paroisse, pour unir en mariage le sieur Jean Absolu et fille Lydie Langueur. — Oh! faut-il que je sois condamnée à m’entendre appeler fille!

JULIE

C’est vraiment fâcheux !

LYDIE

Combien c'est mortifiant pour moi de me rappeler les eliarmans et délicieux expédiens auxquels il me fallait recourir pour avoir une demi-minute de conversation avec ce jeune homme! Que de fois il m’est arrivé de me rendre à la dérobée dans le jardin, par la nuit la plus froide de janvier, et là, de le trouver immobile comme une statue, et couvert de givre; il fallait le voir alors se mettre à mes genoux dans la neige, éternuer eti

' Ce ministre n’est autre que le forgeron de Grelna-Grcen, en Écorne, qui , de temps immémorial , a le privilège de bénir le* mariages contractés à la sui.tc d'en- Icvcmrns.

tousser d’une manière ia plus pathétique du monde! il frissonnait de froid et moi de peur ! — Et pendant que la bise glaciale nous engourdissait les membres, avec quel accent chaleureux il me pressait de compatir à sa tlammc et de partager son amoureuse ardeur! Ah! Julie, c’était là de l’amour 1

JULIE

Si j’étais en veine de plaisanter, Lydie, pour toute réprimande, je me bornerais à rire de toi, de tout mon cœur; mais dans la disposition d'esprit où je me Jrouvc, je préfère te supplier instamment de ne pas permettre qu'un homme qui t'aime d'un amour sincère, endure, par le fait de ton caprice, les tourmens que le caprice, je ne le sais que trop, a la puissance d’infliger.

On entend dam la pièce voisine la voix de mislriss Bévue.

LYDIE

O mon Dieu ! quel motif amène ici ma tante?

Entrent MISTRISS BÉVUE, LABROSSE et DAVID.

Allons, allons, voilà de la jolie besogne! Il se consomme làbas dans la plaine, Dieu sait combien de suicides, de paracides1 et d'émulations2! Et sir Antony qu'on cherche vainement pour prévenir l’antistrophe3.

JULIE

Au nom du ciel, madame, qu’y a-t-il?

susTniss bévue, montrant David.

Cet homme peut vous le dire; c’est lui qui m'a escompté 4 l'affaire.

lydie, à Labrosse.

Veuillez nous instruire.

LABItOSSE. .

Mademoiselle, il faudrait que je fusse étranger à tout ce qui constitue l’homme bien né, pour différer un moment de faire part de tout ce que je sais à une personne aussi gravement intéressée daus cette affaire que vous l’êtes.

LYDIE

Dépêchez-vous, dépêchez-vous, de grâce !

,/ï ■ ! LABROSSE.

* Vous avez raison, mademoiselle , on ne saurait trop sa hâter

*de raconter des circonstances d’une telle nature; car, pour peu qu'en allongeât trop sou récit , pendant qu’on serait occupé à

' l’airicnlei — ’ Immolations. — 1 La catastrophe. — ' Raconté. „

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