ACTE V, SCENE
S1H ANTON Y
Qu’est-ce que cela î— c’est diablement dur.
LE CAPITAINE
Des colifichets, mon père, des colifichets pour Lydie.
SIR ANTONY
Ah! voyons quel goût tu as. {Il lui entr’ ouvre son manteau, l’épée tombe à terre.) Ha! ha! des colifichets! — Diable l tu ne vas pas sans doute lui couper la gorge ?
, le capitaine, riant.
Ha! ha! ha! je voulais vous divertir, mon père; niais je ne voulais vous dire la chose qu'après.
SIR ANTONY
En vérité? — Voilà dans tous les cas un colifichet fort divertissant.
. Il ramasse
LE CAPITAINE
Mon père, je vais vous expliquer la chose. Vous savez que Lydie est romanesque, terriblement romanesque, et conséquemment fort absurde ; je me propose donc, si elle me refuse mon pardon, — de dégainer cette épée — et de jurer — que je vais me précipiter sur sa pointe, et mourir à ses pieds !
SIR ANTONY
C’est absurde 1 elle ne demanderait pas mieux. Suis-moi, imbécile.
LE CAPITAINE
Vous apprendrez bientôt, mon père, le succès de mon stratagème.— «O Lydie! — pardonne-moi, ou la pointe de ce glaive,» — lui dirai-je.
SIR ANTONY
«Nigaud, tue-toi, et grand bien te fasse,» — te répondrat-elle. Allons, va 1 — et au diable tes colifichets !
Le capitaine s'éloigne.
Arrive DAVID.
david, accourant tout essoufflé.
Arrêtez-le! arrêtez-le! à l’assassin ! au voleur ! au feu ! au feu! au feu! — O sir Antony ! — rappelez-le ! rappelez-le! ordonnezlui de s’arrêter! au meurtre! au feu!
SIR ANTONY
De quel meurtre, de quel feu parles-tu?
DAVID
Oufl il est déjà loin! et je suis hors d'haleine! O sir Antony.
î»0 LES RIVAUX.
pourquoi ne l'avez-vous pas arrêté, pourquoi ne l’avez-vous pas
retenu ?
Slll ANTONY.
Est-ce que ce drôle est fou? Qui retenir? Jack ?
DAVID
Oui, monsieur, oui, le capitaine ! Nous allons voir le meurtre et le carnage —
Le meurtre!
DAVID
Oui, sir Antony, toutes sortes de meurtre, toutes sortes de carnage vont ensanglanter la plaine ; on se bat en ce moment, monsieur, — on se bat à l'épée et au pistolet 1
SIR ASTON Y
Et qui donc va se battre?
DAVID
Tout le monde, sir Antony ; tous ceux que je connais vont se battre : mon pauvre maître, sir Lucius Tête-Chaude, votre fils, le capitaine.
SIR ANTONY
O le scélérat! je vois maintenant le tour qu’il a voulu me jouer; sais-tu l’endroit?
DAVID
Le Pré-Royal.
SIR ANTONY
Tu sais le chemin ?
DAVID
Non, du tout; mais je vais appeler le maire — les constables — les marguillers — et les bedeaux ; nous ne saurions être trop de monde pour les séparer
SIR ANTONY
Allons, viens; — laisse-moi m'appuyer sur ton épaule. Chemin faisant nous nous procurerons main forte. — L’abominable menteur! Allons, je vais entrer dans une fureur — Voilà donc où il en voulait venir avec ses colifichets ! je le colificherai.
Ils s'éloignent.