ACTE I, SCÈNE V
ISA AC
Et qu’a donc ma figure de si étrange? c’est à mon avis un visage des plus engageans; et certes il faudrait qu’elle eût bien peu de goût, la dame à qui ma barbe déplairait. ( Il aperçoit Louisa.) Tiens, regarde; je veux mourir si nous n’avons pas ici déjà une jeune et jolie demoiselle qui en raffole.
louisa, écartant son voile.
Seigneur, seriez-vous disposé à obliger une dame qui a le plus grand besoin de votre assistance?
1SAAC.
Peste ! voilà une brunette qui est, ma foi, jolie. Assurément, Carlos, elle a un caprice pour moi.— .Puis-je d’abord, madame, vous demander la faveur de connaître votre nom?
louisa, à part.
* Il est fort'heureux que je me sois précautionnée. (Haut.) Mon nom, seigneur, est dona Clara d’Almanza.
1SAAC.
Quoi! la fille de Guzman? Ma foi, je viens tout-à-l’heure d’apprendre qu’on était à sa recherche.
Mais assurément, seigneur, vous avez trop de galanterie et d’honneur pour trahir une femme qui n’est coupable que d’un exeè*.d’a$iour.
Oh! oh! une passion pour moi! Pauvre fille!— Pour ce qui est de vous trahir, mademoiselle, je ne vois pas trop ce que j’y gagnerais; vous pouvez donc compter sur mon honneur; mais quant à votre amour, je suis fâché de vous dire que vous n'avez rien à espérer.
Pourquoi donc, seigneur? 0
ISAAC
Parce que je suis positivement engagé à une autre. — N’cst-il pas vrai, Carlds?
Veuillez m’entendre. ’
ISAAC
Non, non ; pourquoi vous entendrais-je? 11 m’est impossible de vous faire ma cour dans des vues honorables ; et quant à vous rechercher pour tout autre motif, vous pourriez avoir quelque frère, quelque cousin ingrat qui chercherait à me couper la gorge pour prix de ma civilité ; de sorte que, tout bien considéré, ce