SCÈNE
(Joe bibliolhèt|UG dans la maison de don Jérôme.
Entrent DON JÉROME et ISA jéhome, riant.
Ha 1 ha 1 ha! se sauver de chez son père, le duper comme un sot 1 Ha 1 ha ! ha 1 pauvre don Guzman !
ISAAC
Oui ; et je dois la conduire auprès d’Anlonio. Comme vous voyez, en lui faisant ce beau cadeau, je le mets dans la nécessité de me laisser le champ libre auprès de votre fille. J’espère que c'est la prendre mon homme au trébuchet! C'est un tour de main de maître.
JÉROME
Excellent ! excellent ! oui, oui, conduisez-la-lui ; mettez-lui ce fardeau sur les bras, je vous en prie. Ha! haï ha! pauvre don Guzman! vieil imbécile! se laisser duper par une péronelle!
ISAAC
Oh! elles ont la ruse du serpent, il faut en convenir.
JÉROME
Dah ! elles ne sont rusées que lorsqu’elles ont affaire à des sots. Pourquoi ma fille ne me joue-t-elle pas de ces tours-là?... Qu’elle essaye avec sa matoiserie de mettre en défaut ma vigilance, je le lui conseille; hé! hé! je ne vous dis que ça, mon petit Isaac.
ISAAC
C’est vrai , c’est vrai ; et moi , de mon côté, qu’une femme essaye de faire de moi sa dupe. Non , non, le petit Salomon — comme m’appelait ma tante, — est trop fin pour cela.
JÉROME
Oui ; mais un niais comme don Guzman...
ISAAC
Un innocent de la pâte d’Antonio ..
JÉROME
C'est ma foi vrai; jamais on ne vit deux mortels plus sots et plus crédules; mais, voyons, il est temps que vous voyiez nia
12 i LA DUÈGNE.
fille. Il faut que vous conduisiez ce siége-là seul et Dar vousméme, mon cher Isaac.
ISAAC
Seigneur, vous me présenterez sans doute.
JÉROME
Non; j’ai fait le serment solennel de ne la voir ni de lui parler jusqu’à ce qu’elle ait renoncé à sa désobéissance. Tâchez de l’amener là, et elle aura gagné du même coup un père et un mari.
ISAAC
Seul avec elle, je ne pourrai jamais me tirer d’affaire. Rien ne m’en impose comme une beauté parfaite; au contraire, il y a quelque chose de rassurant et d’encourageant dans la laideur.
Il chanic.
Donnez-moi femme ou fille Avec ou sans beauté,
Qui soit d’humeur gentille;
Joignez-y la santé.
Qu’elle soit grande et forte,
Qu’elle ait trois pieds de haut ;
Grasse ou maigre, n’importe.
C’est tout ce qu’il me faut.
Brune ou blonde, je jure Que cela m’est égal ;
Le brun fait feu qui dure,
Et le blond n’est pas mal.
A la joue en fossette Pour moi je ne tiens pas.
Sourire de fillette A bien assez d’appas.
Peu m’importe du reste La couleur de ses yeux ;
Gris, noirs, ou bleu céleste,
Pourvu qu’elle en ait deux ;
Et quand sa chevelure Serait rouge de feu,
Cela, je vous assure,
M’inquiète assez peu.
La bosse est une gêne ,
Je n’y tiens pas du tout ;
Et plus que dent d’ébène,
Dent blanche est de mon goilt.
J’aime un menton imberbe.
Arrondi, gracieux ;
Qu’il n’y pousse point d'herbe.
Et je suis trop heureux