‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 97 sur 357 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

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Entrent JÉROME et FERDINAND

JÉROME

Ce que j'objecte à Antonio? je l’ai déjà dit; sa pauvreté. Comment l’absoudras-tu de ee crime?

FERDINAND

Seigneur, j’avoue qu’il n’est pas plus riche qu’il ne faut; mais il n’y a pas dans tout le royaume de famille plus ancienne et plus honorable que la sienne.

JÉROME

.Oui, je sais que les pauvres diables sont par tout pays une famille fort ancienne, mais dont on fait fort peu de cas, mon eisfant.

FERDINAND

Antonio, seigneur, a un grand nombre de qualités aimables.

JÉROME

Oui, mais il est pauvre. Peux-tu le justifier de ce reproche, je le répète? n’est-ce pas un jeune homme prodigue et dissipé qui a gaspillé tout son patrimoine?

FERDINAND

Seigneur, il n’avait hérité que de bien peu de chose; et te peu, sa générosité, bien plus que sa profusion, l’en a dépouillé; mais il n’a jamais imprimé la moindre tache à son honneur, qui, ainsi que son titre, a survécu à sa fortune.

JÉROME

Bah ! tu parles comme un sotl La noblesse sans la fortune est aussi ridicule qu’un galon d'or sur un habit de bure.

FERDINAND

Ce langage, seigneur, siérait mieux à un marchand hollandais ou anglais qu’à un Espagnol.

JÉROME

Ces Hollandais et ces Anglais, ccs marchands, comme tu les

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nommes, n’en ont que plus de mérite. Sot que tu es, il fut un temps où les Anglais étaient, sur la naissance et la noblesse de race, aussi susceptibles que nous : mais ils ont depuis long-temps découvert que l’or est un merveilleux purifiant, et aujourd'hui, dans ce pays-là, il n'est plus question de généalogie, si ce n’est quand on achète un cheval. — Oh! oh! voilà Isaac qui vient! j'espère qu'il aura réussi dans son expédition matrimoniale.

FERDINAND

Sans nul doute, les agrémens de sa personne ont dû singulièrement contribuer au succès de sa démarche.

Ferdinand s’écarte à quelque distance.

Entre ISAAC.

JÉROME

' Eh bien, mon cher, avez-vous réussi à l’apprivoiser ?

üh ! oui, je l’ai apprivoisée.

JÉROME

Comment? est-ce qu’elle se rend à la fin?

ISAAC

En vérité, je l’ai trouvée plus traitable que je ne m’y attendais.

JÉROME

Ce cher petit ange s’est donc montré civil envers vous ?

ISAAC

Le joli petit ange s’est montré on ne peut plus civil.

JÉROME

Je suis transporté de l’entendre.

isaac, « part.

Que toute la famille ne l’est-elle, fût-ce à mille lieues d’ici!

JÉROME

Eh bien ! vous avez été surpris de sa beauté, n’est-ce pas? isaac.

J’ai été surpris, en effet. Quel âge, je vous prie, a mademoiselle ?

JÉROME

Quel âge? attendez. — Huit et douze; elle a vingt ans.

Vingt ans?

Oui, à un mois près.

ISAAC

JÉROME

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