‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 101 sur 136 · THÉ0L0GIC0-P0LIT1QUE · texte numérisé non relu

THÉ0L0GIC0-P0LIT1QUE

parfaitement que celui qui a l’autorité d'enseigner a aussi celle de choisir à cette fin les moyens les plus convenables. Mais il vaut mieux démontrer tout cela par l’Écriture seule. 11 résulte évidemment en effet de l’Écriture que chaque apôtre choisit ses voies particulières; on peut s’en assurer par ces paroles de Paul ( Epitre aux Romains, chap. xv, vers. 20) : M’efforçant de prêcher là où ri avait pas encore été invoqué le nom du Christ, afin de ne pas édifier sur des fondements étrangers. Certes , si les apôtres n’avaient eu qu’une seule et même manière d’enseigner et qu’ils eussent tous édifié la religion chrétienne sur le môme fondement, il n’y avait pas de raison pour que Paul pût dire que les fondements d’un autre apôtre étaient des fondements étrangers, puisque ç’auraient été les mômes que les siens. Mais puisqu’il les appelle étrangers, il faut conclure nécessairement que chacun d’eux édifia la religion sur des fondements particuliers, et qu’il arriva aux apôtres dans leur mission de docteurs ce qui arrive aux docteurs ordinaires, qui ont chacun une manière d’enseigner qui leur est propre, de telle sorte qu’ils aiment toujours mieux enseigner ceux qui sont tout à fait ignorants, et qui n’ont commencé à apprendre sous aucun maître les langues ou même les sciences mathématiques, dont la vérité n’est mise en doute par personne. Ensuite, si nous parcourons les Épîtres avec quelque attention, nous verrons que les apôtres sont d’accord sur la religion elte-môme, mais qu’ils sont loin de l’étre sur ses fondements. Car Paul, voulant confirmer les hommes dans la religion et leur montrer que le salut dépend de la seule grâce de Pieu, a enseigné que personne ne? peut se glorifier de ses œuvres, mais de la foi seule, et que personne ne peut se justifier par ses œuvres (voyez Epitre aux Romains, chap. m, vers. 27, 28), et a- développé toute cette doctrine sur la prédestination. Jacques dit, au contraire, dans son Épitre, que l’homme so justifie par ses œuvres et non pas seulement par la foi (voyez son Epitre, chap. ii, vers. 24) ; et il comprend en très-peu de mois toute la doctrine de la religion, après avoir mis de côlé toutes ces discussions spéculatives de Paul. Ensuite il n’est pas douteux que c’est pour avoir édifié la religion sur divers fondements que les apôtres ont donné lieu à ces nombreuses discordes et à ces schismes qui, depuis eux, ont sans cesse déchiré l’Église, et qui certainement cor,-

TRAITÉ

tinueront de la déchirer, jusqu'à ce qu'enfm la religion soit dégagée un jour des spéculations philosophiques, et ramenée à ce petit nombre de dogmes très-simples que le Christ a enseignés à ses disciples. Cela fut impossible aux apétres, parce que l’Évangile était inconnu aux hommes, et que pour éviter d’offenser leurs oreilles par la nouveauté de ses doctrines , ils approprièrent cet enseignement, autant que cela pouvait se faire, à l’esprit du temps (voyez EpÛre 1 aux Corinthiens, chap. ix, vers. 49, 20 etc.), et l’édifièrent ainsi sur les principes les plus connus à cette époque et les plus vulgairement reçus : c’est pourquoi il n’est pas un apôtre qui ait plus philosophé que Paul, appelé particulièrement à prêcher les Gentils. Mais les autres qui prêchèrent les Hébreux, c’est-à-dire des contempteurs de la philosophie, s’accommodèrent aussi à leur esprit sur ce point (voyez Epflre aux Galat., chap. n, vers. 44, etc.), et enseignèrent la religion dégagée des spéculations philosophiques. Et certes notre siècle serait bien heureux s’il était libre aussi de toute superstition.

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