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son système elle n’est pas seulement possible , mais nécessaire. Son Dieu crée sans cesse , puisque sans cesse il se développe , et que, du sein de son éternité immuable, il remplit la Durée infinie de l’inépuisable variété de ses effets.
IVlais il n’est pas d’un homme sérieux de se complaire aux ambiguïtés : au sens ordinaire du mot création , la rendre nécessaire, c’est la détruire. Comme en effet elle suppose essentiellement qncDieu est complet sans le monde , si on n’admet pas la création libre, on n’admet pas au fond la création. C’est ce qui résultera clairement , nous l’espérons , d'une rapide esquisse de l’histoire de la question de la création.
Cette question n’est rien moins que celle du rapport du Fini à l’Infini ; question sublime et redoutable qui inspire un invincible attrait à toute âme philosophique, mais que nul génie n’a pu résoudre encore , et qui peut-être passe l’esprit humain. Chose singulière ! dans cette fécondité prodigieuse de systèmes philosophiques dont l’histoire nous retrace les destinées , on ne rencontre sur ce grand problème que deux idées , pas une de plus : l’idée dualiste , qui suppose deux principes çoéternels , Dieu et la matière ; et l’idée panthéiste qui fait du monde une émanation, un développement de la substance de Dieu.
Il y a bien encore deux systèmes qui touchent à cette question suprême : le système éléatique, qui ne voit dans l’Univers qu’une illusion , et absorbe toute existence réelle au sein d’une immobile unité , incapable de sortir d’elle-même ; et le système Atomistique , le matérialisme absolu, qui n’admet pour réelles que les choses finies , et disperse en quelque sorte l’existence en une variété éternellement mobile. Mais ce n’est point là résoudre le problème du rapport du Fini à l’Infini , c’est le détruire. La difficulté consiste pour l’esprit humain à comprendre la coexistence de l’Infini et du Fini. L’Éiéatisme en niant le fini ,
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le Matérialisme en niant l’infini , ôtent-ils la difficulté ? Non ,
sans doute , ils ne la voient pas ; c’est l’enfance de la pensée.
L’Esprit humain n’a donc véritablement produit que deux systèmes sur le rapport du Fini et de l’Infini. Dans le premier, le système dualiste, Dieu n’est point véritablement la cause du monde , car l’être des choses est distinct et séparé du sien ; il débrouille le chaos de l’Univers, il n’en fait pas les éléments. Dieu est donc l’Intelligence ordonnatrice , l’immobile Moteur, l’Ame du monde, l’Architecte de l’Univers ; mais dans aucun cas, pour Anaxagore comme pour Aristote, comme pour Zenon, et peut-être pour Platon lui-même, Dieu n’est point la source unique de l’être , le premier et le dernier Principe de toutes choses.
Les terribles difficultés où jette le Dualisme devaient conduire les esprits h concevoir d’une manière tout opposée le rapport du fini h l’infini. Le Dualisme sépare Dieu de l’Univers, le Panthéisme les confond. Si l’Universn’existe point par lui-même, s’il est absurde de supposer que Dieu l’ait tiré d’une matière qui en contenait le fond , il ne reste plus qu’une supposition à faire : c’est que Dieu a tiré le monde de soi-mème , que le monde est une émanation , un écoulement , un rayonnement de son être. C’est la théorie dont les Alexandrins prétendirent découvrir le germe dans les derniers replis de la métaphysique de Platon ; ils la soutinrent pendant quatre siècles, non sans génie; et ils lui auraient donné sans doute un développement plus puissant et plus régulier sans la misère des temps et ce cortège de rêveries mystiques, de traditions bizarres et d’intempérante érudition , qui vint obscurcir et comme étouffer leur philosophie.
Quand la métaphysique chrétienne s’organisa dans les écrits des Pères et par les décrets des Conciles, elle rencontra ces deux grands adversaires , le Dualisme et le Panthéisme , et les
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combattit tous deux avec une égale vigueur. Contre le Dualisme, elle établit la parfaite unité du premier Principe. Contre le Panthéisme, elle maintint la distinction radicale de Dieu et du monde. A ses yeux , le Dualisme n’est qu’un Manichéisme déguisé; et le Panthéisme, une tentative sacrilège de diviniser la nature. Oui , sans doute , Dieu est distinct du monde ; mais le monde est son ouvrage , et l’être du monde dépend du sien. Et , d’un autre côté , ce lien de dépendance , si fort qu’il puisse être , laisse au monde une réah'té propre, fondée sur la Volonté de Dieu , et profondément distincte de sa Substance. Le Verbe seul est consubstantiel à Dieu; Dieu ne le fait pas, ne le crée pas, il l’engendre (genitum, non factum, consubstantialem Patri). Dire que le monde est une émanation de la Substance divine , c’est une parole aussi sacrilège que de soutenir que le Verbe est une créature du Père. Dans le premier cas , on élève le monde à la dignité de Dieu ; dans le second , on abaisse Dieu au niveau de la misère humaine.
Dieu a donc fait le monde , et il l’a fait de rien ; en d’autres termes , il l’a fait sans le tirer de soi-même et sans avoir besoin d’aucun principe étranger. Voilà la création.
Si l’on demande maintenant comment Dieu a fait le monde, le système de la création ne répond pas. Ce système n’est point une explication du rapport du Fini à l’Infini , une troisième conception métaphysique substituée à la conception dualiste et à la conception panthéiste. En d’autres termes , c’est une troisième conception , si l’on veut , mais qui est tout entière dans l’exclusion commune des deux autres.
Toute philosophie qui admet la coexistence du Fini et de l’Infini , de Dieu et du monde, reconnaît que le monde dépend de Dion , que l’infini agit sur le fini. Ce sont les termes mêmes du problème. Le problème , c’est d’expliquer la nature de cette dépendance , le comment de cette action. Le Dualisme l’ex-*-