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INTRODUCTION
plique à sa manière , le Panthéisme à la sienne ; le système de la création ne l’explique pas. C’est peut-être un trait de sagesse profonde de ne rien expliquer ici ; mais eufin on n’explique rien. On écarte d’une main le Dualisme, de l’autre le Panthéisme, et on laisse étendu sur le problème lui-même le voile épais que chacun de ces systèmes essayait de spulever.
Dans les temps modernes , le Dualisme n’a point reparu , et c’est l’honneur du christianisme et de la philosophie moderne , que l’unité parfaite du premier Principe ait désormais pris dans le monde le rang d'une vérité incontestée. La question s’agite donc aujourd’hui entre la doctrine panthéiste et celle de la création.
Bacon, Locke, l’École écossaise, celle de Kant, les uns par prudence , les autres par timidité , presque tous par un commun sentiment de la faiblesse humaine, n’ont point touché à ce problème. Descartes, Malebranche , Leibnitz, ces esprits vigoureux et hardis , ne l’ont abordé qu’avec une extrême défiance; tous trois cependant, chacun avec le caractère particulier de sa doctrine, ont adopté hautement la solution chrétienne. Spinoza seul a soutenu le système contraire avec tant de hardiesse, de suite et de génie, qu’il l’a marqué à jamais de son empreinte et lui a laissé sou nom.
Si doue la question du rapport du Fini et de l’Infini , après avoir traversé tant d’épreuves, n’a pas été résolue, elle s’est du moins beaucoup simplifiée et éclaircie. On ne peut plus être reçu à dire aujourd'hui que le Fini ou l’Infini n’existent pas , ni même qu’il y a deux principes coéternels des choses ; l’Éléatisme pur, le pur Matérialisme, le Dualisme enfin, ont été relégués dans l’histoire, ou bien ils sont tombés dans une région si inférieure d’esprits grossiers, que la vraie philosophie n’a rien à y démêler. Filtre la théorie panthéiste et la théorie de la création, l’unité parfaite du premier Principe, la contingence et la
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dépendance du inonde sont devenus des points communs. Le problème, c’est de savoir si le monde est réellement distinct de Dieu, et, à ce titre, s’il est l’ouvrage de sa volonté ; ou bien si le Fini et l’Infini ne sont point au fond deux existences , mais une seule , le fini n’étant qu’un développement nécessaire , une éternelle émanation de l’infini.
On remarquera que cette question : Le monde a-t-il oq non un commencement dans le temps? n’est pas strictement engagée dans celle de la création.
La plupart des métaphysiciens chrétiens, en donnant un commencement au monde , n’ont voulu qu’exprimer fortement la liberté du Dieu créateur. Si, en effet, la création est éternelle, elle peut paraître nécessaire et fondée sur l'essence de Dieu plutôt que sur sa volonté ; pour être parfaitement libre, il faut donc qu’elle ait commencé. Toutefois, cela n’est point strictement nécessaire , et il ne faut pas s’étonner de voir Leibnitz, partisan sincère de la création, incliner à un monde infini et éternel», ni de rencontrer dans les Pères les plus accrédités, dans saint Augustin, par exemple, des pensées comme celle-ci :
« Dieu a toujours été avant les créatures , sans jamais exister sans elle», parce qu’il ne les précède point par un intervalle de temps, mais par une éternité fixe *.
C’est que le commencement de la Création n’est qu’une expression très-sensible et très-forte de ce que le Christianisme veut surtout inculquer aux âmes , savoir : que la Création est distincte du Créateur, et qu’elle est l’ouvrage de sa libre volonté.
Spinoza a réuni contre cette doctrine , si imposant^ et) elle-
* Leibnitz, Troisième Réplique contre M Clarke .
2 Cité de Dieu , livre XII, cliap. xv.