‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 22 sur 136 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

elle serait entièrement livrée à l’empire des causes étrangères et comme absorbée par la Nature. Cessant d’agir, elle cesserait d’être. La vie humaine est donc une activité nécessairement incomplète , une pensée nécessairement obscurcie , un désir nécessairement contrarié; et tout cela est nécessaire, parce que la vie humaine n’est pas la vie universelle, mais une de ses formes; eu d’autres termes, parce que l’homme n’est pas Dieu, mais une partie de Dieu *.

Qu’arrive-t-il maintenant chaque fois que l’âme humaine reçoit l’action d’une cause étrangère ? De deux choses l'une ; ou la puissance de penser de l’âme humaine est favorisée , ou elle est contrariée. Dans le premier cas , la perfection ou l’être de J’àme humaine est augmenté ; dans le second, il est diminué. Far conséquent, le désir qu’a l’âme de persévérer dans son être est satisfait dans le premier cas et contrarié dans le second. Mais un désir de l’âme comblé, qu’est-ce autre-chose que la joie? et ce désir blessé ou incomplètement satisfait, qu’est-ce autre chose que la tristesse? La joie et la tristesse résultent donc nécessairement du désir, qui résulte lui-même de la nature de l’âme ; et Spinoza peut les définir de la sorte : La joie est une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande; et la tristesse : une passion par laquelle l’âme passe à une moindre perfection i.

Un être éternel et parfait est inaccessible à la tristesse , et même à la joie, parce qu’il est incapable de pâtir et que le désir de persévérer dans l’être est en lui éternellement satisfait ; mais tout être imparfait et qui tombe dans le temps est sujet aux passions et à cette alternative de joie et de tristesse qu’on appelle la vie.

Spinoza ne veut reconnaître dans l’âme que ces trois passions

1 De l’ Esclavage, Propos. II, III, IV, V et VI.

i Des Passions, Selinl. de la Propos. XI.

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