CXI.I
INTRODUCTION
primitives : le désir, la joie et la tristesse *; et il se charge avec ces données si simples, mais si fécondes, d’expliquer cette prodigieuse diversité des passions humaines qui décourage l’observation la plus patiente et semble défier l’analyse. Rien n’est curieux pour un philosophe comnic d’assister à celte espèce d’anatomie du cœur humain : Spinoza le démonte pour ainsi dire pièce à pièce, et par une analyse d’une subtilité merveilleuse, la plus régulière, la plus pénétrante, la plus complète qui peut-être ait jamais été faite , il ramène ce mécanisme si compliqué, si divers, si mobile, à l’action de trois ressorts essentiels. i
Qu’est-ce que l’amour et la haine? Rien de primitif, mais des suites nécessaires de la joie et de la tristesse. Unissez, à la joie ou à la tristesse l’idée des causes qui les produisent, et voilà l’amour ou la haine 1 2. On dira que l’amour est plus qu’une idée, qu’il est aussi une tendance. Spinoza est le premier à le reconnaître ; l’amour vient de la joie, qui ellemême vient du désir. L’activité du désir se communique à l’amour, et l’âme tend vers l’objet aimé de toute la force de son être.
L’espérance et la crainte , ce n’est encore autre chose que des suites particulières de la joie et de la tristesse. L’espérance est une joie mal assurée , née de l’image d’une chose future ou passée dont la présence à venir ou le retour sont pour nous incertains ; et la crainte : une tristesse mal assurée , née aussi de l’image d’une chose douteuse 3.
1 Ibid. — Cf. Défin. des Passions, Kx plie, de la Délin. IV.
2 Des Passions, Scliol. de la Propos. XIII. — Comp. Défin. des Pass. Défin. VI et VII.
3 Des Passions, Scliol h de la Propos. XVIII. — Comp. Défin. des Pass. Délin. XII et XIII.
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