‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 92 sur 136 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ON EXAMINE LES AUTRES LIVRES DE L’ANCIEN TESTAMENT COMME ON A FAIT PRÉCÉDEMMENT LES DOUZE PREMIERS.

Je passe à l’examen des autres livres de l’ancien Testament. Je n’ai rien à dire de certain ni d’important touchant les deux livres des Paralipomènes , sinon qu’ils ont été écrits long-temps après Hezras , et peut-être même depuis la restauration du temple par Judas Machabée L L’historien nous y donne en effet (liv. 1, chap. ix)

J. Voyez les Note* marrjinale* de Spinoza, note 21.

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le « dénombrement des familles qui les premières (c’est-à-dire dés le temps d’Hezras) habitèrent Jérusalem. » Ajoutez à cela qu’au verset 17, il nous désigne par leur nom les gardiens des portes (remarquez que deux de ces noms se retrouvent dans Néhémias, cliap. xx, vers. 19); ce qui prouve que ces livres ont été écrits long-temps après la reconstruction de Jérusalem. Du reste, je n’ai rien à dire de certain touchant le véritable auteur des Paralipomènes, ni sur l'utilité ou l’autorité qu’il leur faut reconnaître, ni enfin sur la doctrine qui y est contenue. Et je ne puis assez m’étonner qu’ils aient été mis au nombre des livres saints par ceuxlà môme qui n’ont pas voulu y comprendre le livre de la Sagesse , celui de Tobie, et tous ceux qu’on appelle apocryphes. Du reste mon dessein n’est pas du tout de défendre ici l’autorité des Paralipomène s; mais puisqu’on s’est accordé à les recevoir parmi les livres saints, je n’y veux pas contredire et je passe outre.

Les Psaumes ont également été réunis en corps d’ouvrage et divisés en cinq livres , à l’époque du second temple. Car le psaume 88, au témoignage de Philon le Juif, fut mis au jour pendant la prison du roi Jéhojachin à Babylone; et le psaume 89, après sa délivrance. Or je ne pense pas que Philon eût attesté ce fait s’il ne l’eût recueilli de personnes dignes de foi, ou emprunté à l’opinion générale de son temps.

Je crois aussi que les Proverbes de Salomon ont été recueillis vers cette même époque , ou tout au moins sous le règne de Josias. Je trouve en effet, au dernier verset du chapitre xxiv, ces paroles : a Voici encore des proverbes qui sont de Salomon; ils ont été transportés dans ce recueil par les serviteurs d'Hiskias, roi dç Juda. » Il m’est impossible de ne pas m’élever ici contre l’audace des rabbins, qui voulaient retrancher ce livre, ainsi que V Ecclésiaste, du canon des saintes Écritures, pour le mettre à part avec les autres livres dont nous avons déjà regretté l’exclusion. Et ils n’eussent pas manqué de le faire , s’ils n’avaient trouvé dans les Proverbes et V Ecclésiaste quelques endroits où la loi de Moïse est mise en honneur. C’est une chose assurément déplorable que le sort d’ouvrages aussi excellents, aussi sacrés, aient pu dépendre de la décision de pareils juges. Je leur dois cependant des actions de grâces pour avoir bien voulu nous les conserver. L’ont-ils fait avec une iidélilé

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scrupuleuse et sans les altérer d’aucune façon? C'est ce que je ne veux point examiner de près en ce moment.

Je passe aux livres des Prophètes. Si on les examine attentivement, on reconnaîtra que les prophéties qu’ils contiennent ont été recueillies dans d'autres livres; quelles ne sont point toujours disposées dans le même ordre où elles ont été prononcées ou écrites ; enfin que ce ne sont point là toutes les prophéties , mais seulement celles qu’on a retrouvées de côté et d’autre; d’où il suit que ces livres ne sont véritablement que des fragments des prophètes. Ainsi Isaïe n’y commence à prophétiser que sous le règne d’Huzias, comme le collecteur le témoigne lui-même au premier verset. Or il est certain qu’Isaïe prophétisa avant cette époque et que , dans un livre aujourd'hui perdu , il avait tracé l’histoire entière du roi Huzias (voyez Paralipomènes , liv. II, chap. xxvi, vers. 22). Les prophéties que nous avons d’Isaïe ont été tirées des chroniques des rois de Juda et d’Israël , ainsi que nous l’avons prouvé plus haut. Ajoutez à cela que les rabbins font vivre ce prophète jusqu’au règne de Manassé, qui ordonna de le mettre à mort; et bien que ce récit paraisse n’ètre qu’une fable, on en peut cependant induire que les rabbins n’ignoraient pas que toutes les prophéties d’Isaïe n’ont pas été conservées.

Les prophéties de Jérémie, qui sont présentées sous forme historique , ont été également tirées de diverses chroniques et rassemblées par un collecteur. J’en trouve une preuve dans la confusion qui règne dans cette accumulation de prophéties où l’ordre des temps n’est point observé. Ajoutez que le même récit est souvent répété de plusieurs manières différentes. Ainsi le chapitre xxi nous explique la cause des appréhensions de Jérémie; elles viennent de ce qu’il a prédit à Zédécbias, qui le consultait, la dévastation de Jérusalem. Tout à coup ce récit est interrompu, et le chapitre xxn nous raconte les remontrances que Jérémie adressa à Jéhojachin (qui régna avant Zédéchias) , et la prédiction qu’il lui fit d’une prochaine captivité ; puis, au chapitre xxv, viennent les révélations qui ont été faites à Jérémie avant cette époque , savoir, la quatrième année du règne de Jéhojachin ; puis enfin d’autres révélations que le prophète a reçues quatre années auparavant. Le collecteur du livre de Jérémie continue ainsi d’entasser les prophéties

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sans garder l’ordre des temps , jusqu'à ce que parvenu au chapitre xxxvm , il reprend le récit qu’il avait commencé au chapitre xxi, comme si les chapitres intermédiaires étaient une simple parenthèse. En effet, la conjonction par où commence le chapitre xxxvm, se rapporte aux versets 8, 9 et 10 du chapitre xxi. De plus, dans le récit du chapitre xxxvm, la tristesse du prophète Jérémie et la cause de sa longue détention dans le vestibule de la prison sont racontées tout autrement que dans le chapitre xxxvii; ce qui montre clairement que tout cela n’est qu’une collection de matériaux empruntés à divers historiens , sans quoi un pareil désordre serait véritablement inexplicable. Quant au reste des prophéties contenues dans les autres chapitres, où Jérémie parle à la première personne , il y a toute apparence qu’elles ont été tirées du livre que Jérémie dicta à Baruch, lequel ne contenait (ainsi qu’on le voit par le chapitre xxxvi, verset 2) que les révélations faites à Jérémie depuis Josias jusqu’à la quatrième année du règne de Jéhojachim. Il paraît aussi qu’on aura extrait de ce même livre dicté à Baruch tout ce qui est compris entre le chapitre xlv , verset 2, jusqu’au chapitre i.i , verset o9.

11 suffit de lire les premiers versets du livre d ’Ézéchiel pour se convaincre que ce livre n’est qu’un fragment. Qui ne voit en effet que la conjonction par où il commence suppose un discours antérieur qu’elle unit à ce qui va suivre? Et non-seulement cette conjonction , mais toute la contexture de l’ouvrage, marque d’autres écrits que nous n’avons plus. Ce livre commence à l’an 30r , ce qui prouve clairement que le prophète continue un récit déjà commencé ; et l'auteur même du livre conlirmc cette induction par une parenthèse qu’il a placée au verset 3 : « La parole de Ditu , » dit-il, a s 'était souvent fait entendre à Èzéchiel, fils de Huzé, prêtre dans le pays des Chaldéens. » C’est comme s’il disait expressément que les prophéties d’Ézéchiel , dont il va faire le récit, sont une suite de révélations antérieures qu’Ézéchiel avait reçues de Dieu. Une autre preuve c’est que Josèphe, dans ses Antiquités (liv. x, chap. ix), nous rapporte qu Ezéchiel prédit à Tsédéchias qu’il ne verrait pas Babylone. Or nous ne trouvons pas cette prophétie dans le livre d 'Kzécliicl que nous avons aujourd’hui; tout au contraire, nous y vüjoms, au chapitre xvu, quo Tsédéchias sera conduit

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