PREMIÈRE PARTIE
Cela a ete effectivement e'tahli dans ^Introduction, cest pourquoi nous le posons comme un axiome.
m. Si nous avons en nous quelque chose outre l'esprit et le corps, cela nous est moins connu que Tesprit et le corps.
On obsei-vera que ces axiomes naffirment rien des choses extérieures mais seulement ce que nous trouvons en nous, en tant que nous sommes choses pensa7ites.
PROPOSITION I
Nous ne pouvons être absolument certains d'aucune chose, aussi longtemps que nous ne savons pas que nous existons.
Démonstration
Cette proposition est évidente par elle-même, car celui qui ne sait pas d'une manière absolue qu'il est, ne sait pas non plus qu'il est un être affirmant ou niant, c'est-à-dire que certainement il affirme ou il nie.
On observera icique, bien que nous affirmions ou niions beaucoup de choses avec une grande certitude sans faire attention à ce que nous existons, si cela n'était pas posé d'abord comme indubitable, tout pourrait être révoqué en doute.
PROPOSITION II
Le je suis doit être connu de lui-même.
Démonstration
Si vous le niez c'est donc qu'il ne sera connu que par une autre chose dont [par Vaociome 1) la connais-
sance et la certitude devront être en nous antérieures à cette affirmation : je suis. Or cela est absurde [par la 2jroposition précédente) ; donc^e suis doit être connu de
soi.
PROPOSITION III
Je suis n'est pas la première vérité et n'est pas connu de soi en tant que je suis une chose composée d'un corps.
Démonstration
Il y a certaines raisons qui nous font douter de l'existence de notre corps {par taxiome 2) ; donc [par Vaxiome 1) nous ne parviendrons à la certitude à son égard que par la connaissance et certitude d'une autre chose, qui est elle-même antérieure en connaissance et en certitude. Donc cette affirmation : je suis n'est pas la première vérité et n'est pas connue de soi en tant que j>*e suis une chose formée d'un corps.
PROPOSITION IV
Je suis ne peut être la première vérité connue quen tant que nous pensons.
Démonstration
Ce jugement : je suis une chose corporelle ou formée d'un corps, n'est pas la première vérité connue [par la
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proposition jyrecédente) ; et je ne suis pas non plus certain de mon existence, en tant que je suis formé d'uiie chose autre que l'esprit et le corps; car si nous sommes formés de quelque autre chose, distincte de l'esprit et du corps, celte autre chose nous est moins connue que le corps {par Viixiome 3^ ; donc je suis ne peut être la première vérité qu'en tant que nous pensons.
COROLLAIRE
Il est évident par là que l'esprit, c'est-à-dire la chose pensante est plus connue que le corps. {Pour plus ample explication^ voir Principes, partie /, art. 11 et 12.)
SCOLIE
Chacun aperçoit avec la plus grande certitude qu'il affirme, nie, doute, connaît, imagine, etc. ; c'est-à-dire qu'il existe en tant que doutant, connaissant , affirmant, etc. ; soit en un mot que pensant et il ne peut le révoquer en doute. C'est pourquoi ce jugement je pense, ou je suis pensant, est le fondement unique {par la proposition 1) et le plus assuré de toute la Philosophie. Et comme dans les sciences on ne peut, pour connaître les choses avec le plus de certitude, chercher ni désirer autre chose que de tout déduire des principes les plus assurés et de tout rendre aussi clair et distinct que les principes d'où on le déduit, il suit de là que tout ce qui est pour nous aussi évident et tout ce que nous percevons aussi clairement et distinctement que ce principe déjà trouvé, et tout ce qui s'accorde avec ce principe et en dépend de telle sorte que,
si nous en voulions douter il nous faudrait aussi douter dû principe, nous devons le tenir pour très vrai. Pour avancer toutefois le plus prudemment qu'il se pourra dans rénumération de ces choses, je n'admettrai d'abord comme également évidentes et perçues aussi clairement et distinctement, que celles que chacun observe en lui-même, en tant que pensant ; comme, par exemple, qu'il veut ceci et cela, qu'il a telles idées déterminées, et qu'une idée contient en elle plus de réalité et de perfection qu'une autre; ainsi celle qui contient objectivement l'être et la perfection de la substance est beaucoup plus parfaite que celle qui contient seulement la perfection objective d'un accident ; celle enfin qui est de toutes la plus parfaite est celle qui a pour objet l'être souverainement parfait. Nous apercevons ces choses, dis-je, non seulement avec une évidence égale, une clarté et une distinction égales, mais peutêtre encore plus distinctement. Car non seulement elles affirment que nous pensons mais de quelle manière nous pensons. De plus, nous disons aussi que s'accordent avec le principe posé ces choses qui ne peuvent pas être révoquées en doute, sans que ce fondement inébranlable soit du même coup révoqué en doute ; ainsi par exemple si quelqu'un veut mettre en doute s'il pourrait être sorti du néant, du même coup il pourra mettre en doute si nous existons, alors que nous pensons. Car, si je puis affimer quelque chose du néant, à savoir qu"il peut être cause de quelque chose, je pourrai du même droit affirmer aussi du néant la pensée et dire que je ne suis rien alors que je pense. Comme cela m'est impossible, il me sera impossible aussi de penser que quelque chose vienne du néant. Après ces considérations, j'ai décidé de placer ici dans
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Tordre convenable les principes qui nous sont maintenant nécessaires pour aller plus outre et de les mettre au nombre des Axiomes ; attendu que Descartes les propose comme des Axiomes à la fin de sa Réponse aux deuxièmes objections et que je ne veux pas être plus rigoureux que lui-même. Toutefois, pour ne pas m'écarter de l'ordre suivi au début, je m'appliquerai à les éclaircir le plus possible et à montrer comment ils dépendent l'un de l'autre et dépendent tous de ce principe : je suis pensant^ ou s'accordent avec lui par l'évidence et la raison.
AXIOMES