PREMIÈRE PARTIE
cause de Vejfet. Mais cela est absurde (par l'Axiome précédent) ; &est pourquoi non une chose quelconque peut-être cause d'un effets mais précisément celle où se trouve éminemment ou au moins formellement toute la perfection qui est dans l'effet.
IX. La réalité objective de nos idées requiert une cause dans laquelle cette même réalité soit contenue non pas seulement objectivement, mais formellement ou éminemment.
Cet axiome est reconnu par tous quoique beaucoup en usent mal. Sitôt, en effet, que quelqu'un a conçu quelque chose de nouveau, il n'est personne qui ne cherche la cause de ce concept ou de cette ide'e. Et quand on peut en assigner une dans laquelle soit contenu formellement ou éminemment autant de re'alité quil y en a objectivement dans le concept, on se tient pour satisfait. L'exemple de la machine que donne Descartes dans les Principes, partie I, art. 17, V explique sufftsamvnent. De même si Von demande d'où l'homme tient tidée de sa propre pensée et celle de son corps, il n'est personne qui ne voie qu'il les tient de lui-mcme, en tant qu'il contient en lui formellement tout ce que ces idées contiennent objectivement. C'est pourquoi, si l'homme avait quelque idée contenant plus de réalite' objective qu'il n'a lui-même de réalité formelle, dirigés par la Lumière Naturelle, nous chercherions nécessairement en dehors de rhomme une autre cause qui contint toute cette perfection formellement ou éminemment. Personne n'a Jamais assigné une cause autre que celle-là, qu'il conçût avec une clarté et une distinction égales. De plus, en ce qui concerne la vérité de cet Axiome elle dépend des précédents.
Il existe, en effet (par l'Axiome A), des degrés divers
de réalité ou cVenlité dans les idées ; et de plus (par l'Axiome 8) à proportion de leur degré' de perfection elles requièrent une cause plus parfaite. Mais les degrés ^ de réalité que nous observons dans les idées ne sont pas en elles en tant qu'on les considère comme des modes de penser, mais en tant que l'une représente une substance. Vautre seulement un mode de la substance, ou en un mot, en tant qu'on les considère comme des images des choses ; d'où il suit clairement qu'il ne peut exister aucune autre cause première des idées que celle que, nous le montrions tout à l'heure, tous con7iaissent clairement et distinctement par la Lumière Naturelle, à savoir celle où, est contenue formellement ou éminemm,ent la même réalité qui est en elles objectivement. Pour que cette conclusion soit mieux entendue, je V éclaircirai par un ou deux exemples. Si quelqu'un voit écrits de la même main deux livres [on peut supposer que l'un est d'un philosophe insigne et l'autre d'un bavard insipide) et qu'il ne prenne point garde au sens des mots [c'est-à-dire ne prenne point garde aux mots en tant qu'ils sont des images), mais seulement aux caractères tracés et à l'ordre des lettres, il ne discernera aucune inégalité qui l'oblige à chercher des causes différentes pour ces deux livres; ils lui paraîtront avoir été produits par la même cause et de la même façon. Si, au contraire, il pj^end garde au sens des mots et des discours, il trouvera entre ces livres une grande inégalité et en conclura que la cause première de l'un a été fort différente de la cause première de l'autre, et que l'une l'a emporté réellement sur l'autre en perfection
l.Nous sommes aussi certains de cela parce quenous le trouvons en nous en tant que nous pensons (Voir Scolie précédent).