PREMIÈRE PARTIE
autant que les discours contenus dans les deux livres, ou les mots conside'rés en tant qu'images^ différent entre eux. Je parle d'ailleurs de la cause première du livre qui doit nécessairement exister^ bien que f accorde et même que je suppose, cela étant évident, qu'un livre peut être copié d'un autre. Cela peut encore s'éclaircir par Texemple d'un portrait, disons celui d'un prince. Si, en effet, nous prenons garde seulement à la matière de ce portrait, nous yie trouverons aucune inégalité entre lui et d'autres ^wrtraits, qui nous oblige à chercher des causes différentes: rien ne noies empêchera même de penser que ce portrait a été copié d'un autre, et ce dernier à son tour d'un autre et ainsi à t infini. Car nous discernons suffisamment que nulle autre cause n'est requise pour les lignes tracées. Mais, si nous prenons garde à l'image en tant qu'elle est une image, nous serons aussitôt obligés de chercher une cause première qui contienne formellement ou éminemment ce que cette image contient représentatif ement. Et je ne vois pas qu'il y ait rien de plus à demander pour établir et éclaircir cet axiome.
X. Il ne faut pas pour conserver une chose une cause moindre que pour la créer à l'origine.
De ce que nous pensons en cet instant il ne suit pas nécessairement que nous penserons j)lus tard. Car la conception que nous avons de notre pensée n'enveloppe ou ne contient pas texistence nécessaire de la pensée : je puis en effet concevoir une pensée* clairement et distinctement, bien que sujiposant qu'elle n'existe pas. Comme maintenant la nature de chaque cause doit con-
1. Chacun découvre cela en lui-même, en tant qu'il est chose pensante.
tenir en elle ou envelopper la perfection de son effet (par TAxiome 8), il s'ensuit clairement quen nous ou hors de nous il existe nécessairement à pre'sent même quelque chose que nous ne connaissons pas encore, dont le concept ou la nature enveloppe l'existence, et qui soit cause que notre pensée ait commencé d'exister et aussi qu'elle continue d'exister. Bien que notre pensée ait commence' d'exister en effet, sa nature et son essence n'enveloppent pas l'existence nécessaire plus qu'avant qu'elle existât et a besoin par conséquent pour persévérer dans l'existence de la même force que pour commencer d'exister. Et ce que nous disons de la^iensée, nous le dirons aussi de toute chose dont l'essence n'enveloppe pas l'existence nécessaire.
XI. Aucune chose n'existe de laquelle on ne puisse demander quelle est la cause (ou la raison) pourquoi elle existe. (Voir Axiome i de Descartes.)
Comme l' existence est quelque chose de positif, nous ne pouvons dire qu'elle ait le néant pour cause (par l'Axiome 7); nous devons donc assigner une cause ou raison positive pourquoi une chose existe, et cette cause sera externe, c'est-à-dire en dehors de la chose même, ou interne, c'est-à-dire contenue dans la nature et la définition de la chose existante elle-même.
Les quatre Propositions suivantes sont prises de Descartes :
PROPOSITION V
L'existence de Lieu se connaît de la seule considération de sa nature.