‹ Œuvres de SpinozaChapitre 142 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

SCOLIE

Puisque Terreur n'est pas quelque chose de positif elle ne pourra être autre chose que la privation du bon usage de la liberté [par le Scolie de la Proposition 14) ; et ainsi Dieu ne devra pas être dit cause de Terreur; sinon en ce sens où nous disons que l'absence du soleil est la cause des ténèbres, ou encore au sens où Ton dit que Dieu est cause de la cécité parce qu'il a créé un enfant semblable aux autres, à la vision près ; c'est-à-dire parce qu'il nous a donné un entendement s'étendant seulementà un petit nombre de choses. Pour connaître cela clairement, et, du même coup, comment Terreur vient du seul abus de notre volonté, et enfin comment nous pouvons nous préserver de Terreur, rappelons à notre mémoire tous les modes de penser que nous avons, c'est-à-dire toutes les manières de percevoir (telles que sentir, imaginer et, purement, connaître) et de vouloir (telles que désirer, avoir de l'aversion affirmer, nier et douter) ; car tous peuvent se ramener à ces deux.

Il faut noter à leur sujet : 1° que l'esprit, en tant qu'il connaît les choses clairement et distinctement, et donne à celles qui sont ainsi connues son assentiment, ne peut être trompé {par la Proposition 14) ; pas davantage en tant qu'il perçoit seulement les choses sans leur donner son assentiment. Quand bien même, en effet, je percevrais un cheval ailé, il est certain que cette perception ne contient aucune fausseté aussi longtemps que je n'affirme pas qu'il est vrai qu'il existe un cheval ailé, et même aussi longtemps que je doute s'il existe un cheval ailé. Et comme affirmer ou

donner son assentiment n'est autre chose que déterminer sa volonté, il suit de là que Terreur dépend du seul usage de la volonté.

Pour que cela soit encore plus clair il faut noter : 2" que nous n'avons pas seulement le pouvoir de donner notre assentiment à ce que nous percevons clairement et distinctement, mais aussi à ce que nous percevons d'une autre manière.

Car notre volonté n'est déterminée par aucunes limites. Ce que chacun peut voir clairement, pourvu qu'il prenne garde à ceci que Dieu, s'il voulait rendre infinie notre faculté de connaître, n'aurait pas besoin de nous donner une faculté d'affirmer plus ample que celle que nous avons déjà, pour que nous pussions donner notre assentiment à tout ce qui serait perçu par notre entendement; cette même faculté que nous avons déjà suffirait pour affirmer une infinité de choses. Et nous éprouvons aussi, réellement, que nous affirmons beaucoup de choses que nous n'avons pas déduites de principes certains. On peut voir, en outre, par là que, si l'entendement s'étendait aussi loin que la faculté de vouloir, ou si la faculté de vouloir ne s'étendait pas plus loin que l'entendement, ou si, enfin, nous pouvions contenir la faculté de vouloir dans les limites de l'entendement, nous ne tomberions jamais dans l'erreur {par la Proposition 14).

Mais nous n'avons aucun pouvoir de faire que l'entendement s'étende aussi loin que la volonté, ou que la volonté ne s'étende pas plus loin que l'entendement, car un tel pouvoir implique que la volonté ne soit pas infinie et que l'entendement n'ait pas été créé fini. Reste à considérer si nous avons le pouvoir de contenir notre faculté de vouloir dans les limites de

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