DEUXIÈME PARTIE
Démonstration
Comme nulle chose n'est dans un certain état sinon par le seul concours de Dieu (par la Proposition 12, partie I) et que Dieu est constant au suprême degré dans ses œuvre (ptar le Corollaire de la Proposition 20, partie / , si nous n'avons égard à nulles causes extérieures, mais considérons une chose en elle seule, il faudra affirmer qu'autant qu'il est en elle, elle persévère toujours dans l'état où elle est.
COROLLAIRE
Un corps qui se meut une fois continue toujours à se mouvoir s'il n'est pas ralenti par des causes extérieures.
Démonstration
Elle suit clairement de la Proposition précédente ; toutefois pour corriger le préjugé relatif au mouvement, lire articles 37 et 38, partie II àes Principes.
PROPOSITION XV
Tout corps en mouvement tend de lui-même à continuer à se mouvoir suivant une ligne droite et non une ligne courbe.
On pourrait placer cette Proposition parmi les Axiomes ; je la démontrer«ù cependant par celles qui précèdent.
Démonstration
Le mouvement, puisqu'il a Dieu seulement pour cause {j}ar la Proposition 12, partie IP, n'a par
lui-même aucune force d'exister [par T Axiome 10, partie /), mais il est à tout instant comme procréé par Dieu (par ce qui est démontré au sujet de l'Axiome sus-visé). Pour cette raison, aussi longtemps que nous avons égard à la seule nature du mouvement, nous ne pourrons jamais lui attribuer, comme appartenant à sa nature, une durée pouvant être plus grande qu'une autre. Or, si Ton disait qu'il appartient à la nature d'un corps en mouvement de décrire dans son mouvement une ligne courbe quelconque, on attribuerait à la nature du mouvement une durée plus grande que si l'on suppose qu'il est de la nature du corps mû de tendre à continuer de se mouvoir suivant une ligne droite [par V Axiome 17). Or, comme [ainsi que nous V avons déjà de'montré) nous ne pouvons attribuer une telle durée à la nature du mouvement, il ne faut donc pas poser non plus qu'il est de la nature du corps mû de continuer à se mouvoir suivant aucune ligne courbe, mais seulement suivant une ligne droite.
SCOLIE
Cette démonstration paraîtra peut-être à beaucoup ne pas montrer qu'il n'appartient pas à la nature du mouvement de décrire une ligne courbe et pas davantage qu'il lui appartient d'en décrire une droite ; et cela parce qu'on ne peut assigner aucune ligne droite, qu'il n'y ait une ligne plus petite, soit droite, soit courbe, et aucune ligne courbe qu'il n'y ait une ligne courbe plus petite. Cependant, même en tenant compte ■de cela, je juge que la démonstration n'en est pas