PREMIERE PARTIE
Pas plus en effet qu'il n'est en état de tout connaître à la fois, il ne peut connaître ceci, par exemple, plutôt que cela; ou ne peut entreprendre ou commencer de connaître cela plutôt que ceci. Puis donc qu'il ne peut ni l'un ni l'autre, il ne peut absolument rien Tconnaître].
(6) La première partie (") (ou majeure) se démontrera comme il suit :
Si le pouvoir qu'a l'homme de forger était seul cause de son idée, il lui serait impossible de jamais concevoir quoi que ce fût.
Or il peut concevoir quelque chose.
Donc :
(7) Puisque maiutenant, d'après le premier principe, les choses connaissab'es sont in/înies, que, d'après le second, Ventendement fini ne peut tout concevoir et que, d'après le troisième, il na aucun pouvoir de connaître ceci plutôt que cela ou cela plutôt que ceci, il serait impossible, s'il n'était déterminé par aucune cause extérieure, qu'il connût quoi que ce fût * ^.
(8) De tout cela résulte la démonstration du deuxième point, à savoir que la cause de l'idée quà Vhomme n est pas son pouvoir de forger, mais quelque
3. De plus, dire que celte idée est uoe fiction est encore faux **, car il est impossible de l'avoir si elle n'existe pas, et cela est montré par ce qui est dit ci-dessus, à quoi nous ajoutons ce qui suit.
Il est bien vrai que d'une idée qui d'abord nous est venue
• Il s'agit <le la piemiiTC partie de l'argument du S 4 servant à établir la majeure de l'arfrumeut a posteriori du § A.
* Je substitue ici à la leçon donnt*e, par l'édition van VIoten et Laad dans le tcxtj (qui ost celle du manuscrit A), celle qui se trouve en note (c'est celle du manuscrit Bj, parce qu'elle est plus claire de forme, et d'ailleurs équivalente quant au sens.
** Les mots encore fan.' semblent faire suite à ce qui est dit dans la uote 2.
W. Meijer pour cette raison, réunit les deux notes en une seule. I. 3*
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cause extérieure qui Vohlige à concevoir telle chose plutôt quune aulre^ et cette cause ne consiste en rien d'autre sinon que les choses existent formellement et sont plus proches de lui que d'autres dont l'essence objective est dans son entendement. Si donc l'homme a l'idée de Dieu il est clair que Dieu doit exister formel-
d'une chose el o. ensuite été généralisée par nous in abslraclo, nous pouvons former dans notre esprit beaucoup didées de choses particulières auxquelles nous pouvons joindre des qualités abstraites par nous d'autres choses. Mais cela est impossible il faire si nous n'avons d'abord connu la chose d'où sont tii'ées ces idées abstraites. Admettons, cependant, (lue cette idée [l'idée de Dieu] soit une fiction, alors toutes les autres idées que nous avons ne sont pas moins qu'elle des fictions. S'il en est ainsi, d'oii vient qu'il y a entre elles une si grande différence? Car nous en voyons quelques-unes qui ne peuvent avoir de réalité : ainsi, par exemple, tous les animaux monstrueux que l'on voudrait composer parla réunion de deux natures, comme un animal qui serait un oiseau et un cheval, et autres semblables ne pouvant avoir place dans la nature que nous trouvons autrement ordonnée. Ti'aulres idées sont bien possibles, mais il n'est pas nécessaire qu'elles soient ; de celles-là, qu'elles soient ou ne soient pa.s, l'essence est en tout temps nécessaire: telle est. par exemple, l'idée du tri angle ou celle de l'amour dans l'àme san« le corps, etc. ; de façon que, si même je pensais d'abord que je les eusse forgées, je n'en serais pas moins obligé de dire ensuite qu'elles sont cela même qu'elles sont, et le devraient être alors même que ni moi ni aucun homme n'y aurions jamais pensé. Et c'est pourquoi elles ne sont pas forgées par moi et doivent ainsi avoir en dehors de moi un sujet que je ne suis pas et sans lequel elles ne pourraient pas être.
Outre ces idées, il en est encore une troisième, et celle-là est unique, elle apporte avec elle l'être nécessaire, et non comme la précédente, l'être seulement possible ; car de ces dernières l'essence était bien nécessaire, mais non l'existence; tandis que de celle-là, l'existence est nécessaire comme l'essence, et sans elle il n'est rien °. Je vois donc maintenant que la vérité, l'essence ou l'existence d'aucune chose ne dépend de moi. Car, ainsi qu'il a été démontré au sujet de la deuxième sorte didées, elles sont ce qu'elles sont sans moi, que ce soit quant à l'essence, ou à la
(•) Rien ne jieut être conçu.